{"id":197,"date":"2017-01-12T18:29:37","date_gmt":"2017-01-12T17:29:37","guid":{"rendered":"http:\/\/praticiennarratif.com\/?p=197"},"modified":"2017-01-12T18:30:19","modified_gmt":"2017-01-12T17:30:19","slug":"fort-chateau-projet-de-sitcom","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/praticiennarratif.com\/index.php\/2017\/01\/12\/fort-chateau-projet-de-sitcom\/","title":{"rendered":"Fort Ch\u00e2teau  (Projet de Sitcom)"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-medium wp-image-158\" src=\"http:\/\/praticiennarratif.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/IMG_1885-e1484237322715-225x300.jpg\" alt=\"img_1885\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/praticiennarratif.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/IMG_1885-e1484237322715-225x300.jpg 225w, http:\/\/praticiennarratif.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/IMG_1885-e1484237322715-768x1024.jpg 768w, http:\/\/praticiennarratif.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/IMG_1885-e1484237322715-113x150.jpg 113w, http:\/\/praticiennarratif.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/IMG_1885-e1484237322715-1000x1333.jpg 1000w\" sizes=\"(max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><\/p>\n<p><strong>SEQUENCE 1\/Cuisine ch\u00e2teau\/Int-Jour<\/strong><\/p>\n<p>Assise sur un banc devant la grande table en bois de la cuisine, Marie Lerouge pleure la t\u00eate entre ses mains. Berthe Fayot s&rsquo;active et dispose sur la table des ustensiles de cuisine. Sur le rebord de la fen\u00eatre, un pigeon roucoule.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Berthe <\/strong><em>(d&rsquo;un ton de reproche)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Cesse donc de pleurer, Marie !<\/p>\n<p><strong>Marie <\/strong><em>(sanglotant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Mais madame, je peux pas m&rsquo;en emp\u00eacher&#8230;<\/p>\n<p>Berthe qui continue \u00e0 s&rsquo;activer, saisit un torchon sur son \u00e9paule et lui envoie sur la figure.<\/p>\n<p><strong>Berthe <\/strong><em>(exc\u00e9d\u00e9e)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; S\u00e8che tes larmes et passe moi les l\u00e9gumes !<\/p>\n<p><strong>Marie <\/strong><em>(sanglotant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Mais madame, je peux pas vous les passer les l\u00e9gumes&#8230;<\/p>\n<p>Les sanglots de Marie redoublent. Berthe s&rsquo;asseoit \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s et reprend le torchon.<\/p>\n<p><strong><em>Berthe <\/em><\/strong><em>(radoucie)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Allez, dit moi ce que tu as sur le coeur !<\/p>\n<p><strong>Marie <\/strong><em>(se levant brusquement)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Y&rsquo;a plus rien \u00e0 manger, madame !<\/p>\n<p>Marie sort de la pi\u00e8ce en courant.<\/p>\n<p><strong>Berthe <\/strong><em>(criant, furieuse)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est \u00e7a, va donc rejoindre ta famille d&rsquo;affameurs !<\/p>\n<p>Son regard croise le pigeon roucoulant sur le rebord de la fen\u00eatre. Elle se saisit brusquement d&rsquo;un hachoir et pourchasse le volatile qui s&rsquo;envole dans la cuisine. Arrive Blanche de Monstrolet, coiff\u00e9e d&rsquo;un hennin, qui contemple la sc\u00e8ne avec stupeur. Le pigeon d\u00e9tourne son cap et vol\u00e8te autour de Blanche.\u00a0Poussant un petit cri de rage, Berthe lance son hachoir qui, apr\u00e8s une longue s\u00e9rie de rotation (au ralenti), loupe le pigeon et vient se planter sur la porte en transper\u00e7ant le hennin de la baronne. Rest\u00e9e digne, Blanche s&rsquo;avance vers Berthe.<\/p>\n<p><strong>Blanche <\/strong><em>(magnanime)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Vous perdez la t\u00eate Berthe&#8230; ! Et en plus, vous voulez me faire perdre la mienne !<\/p>\n<p><strong>Berthe <\/strong><em>(balbutiante)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est-\u00e0-dire que&#8230; Il n\u2019y&rsquo;a plus rien \u00e0 manger, madame!<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Blanche<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Et vous comptiez peut-\u00eatre me faire r\u00f4tir !<\/p>\n<p><strong>Berthe<\/strong> <em>(g\u00ean\u00e9e)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Mais non madame&#8230; C&rsquo;est le pigeon&#8230;<\/p>\n<p><strong>Blanche<\/strong> <em>(l&rsquo;interrompant cassante)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; D\u00e9brouillez-vous comme vous voulez mais servez nous un copieux repas ou je vous passe \u00e0 la roue !<\/p>\n<p>Ayant r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 son hennin d&rsquo;un geste rageur, Blanche sort \u00e0 grands pas de la cuisine en claquant la porte. D\u00e9pit\u00e9e, Berthe d\u00e9fie du regard le volatile rescap\u00e9 qui a repris sa place sur le rebord de la fen\u00eatre et roucoule \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>SEQUENCE 2\/Chaumi\u00e8re Fayot\/Int-Jour.\u00a0\u00a0 <\/strong><\/p>\n<p>Jean Fayot et son fils Enguerrand, assis de chaque c\u00f4t\u00e9 de la table qui tr\u00f4ne au milieu du salon de la chaumi\u00e8re, jouent aux d\u00e9s. Sur chaque face d&rsquo;un d\u00e9 est inscrit un jour de la semaine. Sur l&rsquo;autre d\u00e9, figurent les diff\u00e9rentes corv\u00e9es effectu\u00e9es par les serfs du royaume. Fayot tient dans ses mains un jeu de cartes. Enguerrand lance les d\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Enguerrand<\/strong> <em>(excit\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Samedi, Dimanche&#8230; ! Labourage !<\/p>\n<p><strong>Fayot <\/strong><em>(retournant une carte, excit\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Lerouge ! Ah, ah, bien fait !!!<\/p>\n<p><strong>Enguerrand<\/strong> <em>(g\u00e9n\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Dis papa, pourquoi c&rsquo;est toujours Lerouge qui perd !<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(didactique)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Ecoute moi bien mon petit Ranran ! Il ne perd pas&#8230; Au contraire, il devrait me remercier que je lui donne du travail !<\/p>\n<p>Entr\u00e9e comme une furie dans la chaumi\u00e8re, Berthe se pr\u00e9cipite sur son mari.<\/p>\n<p><strong>Berthe<\/strong> <em>(sanglotant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Blanche veut me passer \u00e0 la roue !<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(rassurant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Berthie, voyons, calme toi&#8230;! Qu&rsquo;est-ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 ?<\/p>\n<p><strong>Berthe<\/strong> <em>(en pleurs)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Les serfs ne livrent plus ! Toutes les chariotes sont stopp\u00e9es sur les routes. C&rsquo;est ce satan\u00e9 Lerouge qui organise les bouchons de retenue !<\/p>\n<p>Brutalement, Fayot se d\u00e9fait de Berthe et la projette sur le lit.<\/p>\n<p><strong>Fayot <\/strong><em>(s&rsquo;adressant furieux \u00e0 la carte retourn\u00e9e sur la table figurant Lerouge)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Tu vas me le payer, Rouge !!!<\/p>\n<p>Fou de rage, Fayot sort de la chaumi\u00e8re en claquant la porte. Enguerrand retourne les cartes \u00e9tal\u00e9es sur la table. Le portrait de Guy Lerouge figure sur toutes les cartes. Il \u00e9clate de rire et sort de la chaumi\u00e8re sur les traces de son p\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>SEQUENCE 3\/Chaumi\u00e8re Lerouge\/Int-Jour. \u00a0 \u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Marie et Monique, la fille et la femme de Lerouge, \u00e9pluchent des l\u00e9gumes debout devant la table. Marie jette un coup d&rsquo;oeil au dernier num\u00e9ro de \u00ab\u00a0Tiens donc\u00a0\u00bb, enluminure people de l&rsquo;\u00e9poque pos\u00e9e devant elle.<\/p>\n<p>Confortablement assis \u00e0 leur c\u00f4t\u00e9s, Guy Lerouge est plong\u00e9 dans la lecture du \u00ab\u00a0Renouveau de la paysannerie. Enluminure 1\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Marie<\/strong> <em>(en sussurant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Oh, t&rsquo;as vu maman ! Jeannot Alit\u00e9 s&rsquo;est r\u00e9concili\u00e9 avec sa donzelle&#8230;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monique <\/strong><em>(levant les yeux)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Il \u00e9tait f\u00e2ch\u00e9 avec Dame Sylve Vatan ?<\/p>\n<p><strong>Marie <\/strong><em>(haussant la voix)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Maman, \u00e7a fait quatre lustres qu&rsquo;il n&rsquo;est plus avec elle ! Je te parle de Laetitiane, moi&#8230; Pas de ta vieille parchemin\u00e9e !<\/p>\n<p><strong>Lerouge <\/strong><em>(exasp\u00e9r\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a cancane, \u00e7a cancanne&#8230;! Une vraie basse-cour ! Ecoutez plut\u00f4t \u00e7a, femmes sans cervelle !<\/p>\n<p><em>(lisant \u00e0 haute voix un extrait de son livre)<\/em><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La classe paysanne est la classe nourrici\u00e8re\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monique<\/strong> <em>(bougonnant, \u00e0 Marie)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; On verra comment elle sera ta Laetitiane quand elle aura mon \u00e2ge !<\/p>\n<p><strong>Lerouge <\/strong><em>(haussant la voix)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; &#8230; Sans laquelle aucune autre ne pourrait subsister !<\/p>\n<p>Lerouge est interrompu par l&rsquo;irruption brutale de Fayot avec Enguerrand sur ses talons. Le fils Fayot se dirige vers Marie en cherchant imm\u00e9diatement \u00e0 lui palper les seins. Elle se d\u00e9gage vivement et le poursuit avec un poireau tout autour de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Fayot <\/strong><em>(\u00e0 Lerouge)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Tes serfs refusent de livrer le ch\u00e2teau et en plus ils bloquent la circulation avec leurs charrues. Cette fois Lerouge, tu pousses trop loin le bouchon !<\/p>\n<p>Fayot s&rsquo;approche de la table et s&rsquo;appuie dessus, \u00e9crasant par inadvertance une tomate juteuse. En souriant, Monique lui tend un torchon avec lequel il s&rsquo;essuie la main, l&rsquo;air d\u00e9go\u00fbt\u00e9.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Fayot <\/strong><em>(d&rsquo;un ton p\u00e9remptoire, \u00e0 Lerouge)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Tu vas imm\u00e9diatement faire cesser cette gr\u00e8ve sur le tas !<\/p>\n<p><strong>Lerouge <\/strong><em>(sentencieux)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Op\u00e9ration sabots lents&#8230;! Pas gr\u00e8ve sur le tas !<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Op\u00e9ration sabots lents, op\u00e9ration escargots, faites la chenille si vous voulez&#8230; Mais il faut que tu ordonnes \u00e0 ta servaille de reprendre les livraisons !<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Lerouge<\/strong> <em>(calme)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Seulement si ton bien-aim\u00e9 seigneur supprime son p\u00e9age&#8230;! J&rsquo;ai consult\u00e9 la base&#8230; Cette fois, les serfs iront jusqu&rsquo;au bout.<\/p>\n<p><em>(tapant du poing sur la table)<\/em><\/p>\n<p>Si Monstrolet ne c\u00e8de pas, crois moi, on va droit \u00e0 la Grande Jacquerie !<\/p>\n<p>Fayot l\u00e8ve les yeux au ciel. Toujours poursuivi par Marie, Enguerrand renverse un r\u00e9cipient en train de chauffer sur l&rsquo;\u00e2tre. Ebouillant\u00e9, il pousse un cri. Fayot se pr\u00e9cipite vers son fils et lui ass\u00e8ne une grande gifle. Lerouge regarde sa femme en secouant la t\u00eate l&rsquo;air navr\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Monique <\/strong><em>(tendant une assiette \u00e0 Fayot<\/em>)<\/p>\n<p>&#8211; Prenez donc un peu de tourte, Sieur Fayot&#8230;.<\/p>\n<p>\u00c7a va vous calmer&#8230; Elle est encore toute chaude&#8230;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Fayot<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est bien aimable Dame Monique. Mais c&rsquo;est au ch\u00e2teau qu&rsquo;il faudrait plut\u00f4t la servir !<\/p>\n<p>Lerouge boit une rasade de vin et repose son verre bruyamment.<\/p>\n<p><strong>Lerouge<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Les livraisons reprendront quand ton baron aura supprim\u00e9 son p\u00e9age !<\/p>\n<p><strong>Fayot <\/strong><em>(douceureux, m\u00e2chonnant sa tourte, s&rsquo;asseyant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; On pourrait peut-\u00eatre s&rsquo;asseoir tranquillement \u00e0 la table des n\u00e9gochiachions?<\/p>\n<p>Furieux, Lerouge se l\u00e8ve. Il saisit son arc et ses fl\u00e8ches et se dirige vers la porte de la chaumi\u00e8re devant Fayot interloqu\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Lerouge <\/strong><em>(se figeant sur le pas de la porte)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Un Lerouge ne n\u00e9gocie pas, il monte au combat ! Que Monstrolet abolisse le servage&#8230;! Enfin le p\u00e9age&#8230; ! C&rsquo;est mon dernier mot !<\/p>\n<p><em>(levant le poing)<\/em><\/p>\n<p>A bas la tyrannie seigneuriale !<\/p>\n<p>Il sort en claquant la porte. Enguerrand s&rsquo;approche de la table et va pour prendre le reste de tourte dans l&rsquo;assiette de Fayot qui, plus rapide, le devance et l&rsquo;engouffre d&rsquo;une bouch\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Fayot <\/strong><em>(la bouche pleine)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Hum, elle est d\u00e9lichieuse&#8230;.<\/p>\n<p><em>(\u00e0 Monique)<\/em><\/p>\n<p>Il faudra que vous donniez la recette \u00e0 ma femme !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>SEQUENCE 4\/Atelier Cun\u00e9\/Int- soir.<\/strong><\/p>\n<p>La mine maussade, Cun\u00e9gonde pr\u00e9pare une potion. Albert entre en chantonnant sur l&rsquo;air de \u00ab\u00a0Mon l\u00e9gionnaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Albert <\/strong> <em>(s&rsquo;approchant de Cun\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Il \u00e9tait beau, il \u00e9tait blond,<\/p>\n<p>il sentait bon le foin \u00e0 chevaux,<\/p>\n<p>Mon condottiere&#8230;<\/p>\n<p>En chantonnant, il virevolte autour de sa soeur tout en lissant son pourpoint aux couleurs vives.<\/p>\n<p><strong>Albert <\/strong><em>(souriant de toutes ses dents)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Alors, qu&rsquo;est ce que t&rsquo;en penses ?<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Cun\u00e9<\/strong> <em>(ne levant pas la t\u00eate)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; De quoi ?<\/p>\n<p>Albert joue nerveusement avec un alambic rempli de liquide rouge.<\/p>\n<p><strong>Albert<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; De mon string \u00e0 paillettes !<\/p>\n<p>Relevant les yeux, Cun\u00e9 le regarde interloqu\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Albert <\/strong><em>(\u00e9nerv\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Mais non, b\u00e9casse, de mon nouveau pourpoint !<\/p>\n<p><em>\u00a0 (prenant une pose)<\/em><\/p>\n<p>C&rsquo;est ma derni\u00e8re cr\u00e9ation !<\/p>\n<p>Dans un grand geste, Albert renverse malencontreusement un alambic qui explose au sol. Le liquide rouge t\u00e2che tout le bas du pourpoint flambant neuf.<\/p>\n<p><strong>Albert <\/strong><em>(\u00e9nerv\u00e9, montrant son pourpoint)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Pestouille ! Mais fais quelque chose !<\/p>\n<p>Cun\u00e9 prend un chiffon et essuie le pourpoint maladroitement en \u00e9largissant la t\u00e2che.<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9 <\/strong><em>(palpant Albert)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Dis donc, il ne baille pas un peu ton pourpoint ? Mon pauvre fr\u00e8re, il ne te reste plus que la peau sur les os !<\/p>\n<p>Elle se rel\u00e8ve et observe Albert.<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9 <\/strong><em>(l&rsquo;air pr\u00e9occup\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; D&rsquo;ailleurs, tu as la mine cireuse !<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Affol\u00e9, Albert se pr\u00e9cipite vers un alambic qui refl\u00e8te son image d\u00e9form\u00e9e \u00e0 travers un liquide vert.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Albert <\/strong><em>(en regardant son reflet changeant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Comment \u00e7a je suis trop maigre ? Pour le coup, c&rsquo;est vrai que j&rsquo;ai le teint oliv\u00e2tre&#8230;<\/p>\n<p>Et dire que j&rsquo;ai un rendez-vous galant dans une semaine, moi&#8230;! Mon beau soldat m&rsquo;a quitt\u00e9 en Prince Vaillant et il va me retrouver en Don Quichotte !<\/p>\n<p>Albert d\u00e9visage sa soeur.<\/p>\n<p><strong>Albert<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Oh ! Mais c&rsquo;est que toi aussi tu es bien p\u00e2lotte !<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Cun\u00e9 <\/strong><em>(tristement)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a doit \u00eatre parce que je n&rsquo;ai pas de nouvelles de mon Juste&#8230;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Albert <\/strong><em>(lui prenant la main).<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Tu sais comment ils sont ces marauds&#8230;<\/p>\n<p>Excitants, je te l&rsquo;accorde&#8230; Mais toujours par monts et par vaux&#8230;<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9<\/strong> <em>(fron\u00e7ant les sourcils)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Juste n&rsquo;est pas un maraud ! C&rsquo;est un&#8230; justicier !<\/p>\n<p><strong>Albert<\/strong> <em>(la prenant par les \u00e9paules)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Ne t&rsquo;inqui\u00e8te pas soeurette, il te reviendra ton sauvageon&#8230;!<\/p>\n<p>Cun\u00e9 soupire et reprend son travail.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Albert <\/strong><em>(lui embrassant le front et montrant les alambics)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Et puis, avec toutes tes exp\u00e9rimentations, tu vas bien finir par nous inventer le philtre d&rsquo;amour !<\/p>\n<p><em>\u00a0(se t\u00e2tant le corps)<\/em><\/p>\n<p>A ton avis, je dois reprendre combien de livres pour \u00eatre \u00e0 nouveau d\u00e9sirable ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>SEQUENCE 5\/Salle ch\u00e2teau\/Int-Soir.<\/strong><\/p>\n<p>La famille Monstrolet est install\u00e9e autour de la grande table pour d\u00eener.<\/p>\n<p>Marie Lerouge d\u00e9barrasse la soupi\u00e8re et les assiettes. Le chien Cerb\u00e8re est install\u00e9 sur son sofa canin, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du seigneur.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monstrolet <\/strong><em>(de bonne humeur)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Alors ma fille, que nous pr\u00e9pares-tu en ce moment ?<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9gonde <\/strong><em>(sortant un petit objet de son tablier)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Heuhh&#8230; Un d\u00e9tecteur de menteries, p\u00e8re !<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong><em> (amus\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; H\u00e9las, je crains fort que personne i\u00e7i ne se pr\u00eate au jeu de la v\u00e9rit\u00e9 !<\/p>\n<p><strong>Blanche<\/strong> <em>(irrit\u00e9e)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Pourquoi dites vous \u00e7a ? Je serai la premi\u00e8re&#8230; Je n&rsquo;ai rien \u00e0 cacher !<\/p>\n<p>Le d\u00e9tecteur \u00e9met un bip, bip&#8230;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(narquois)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Vous avez perdu !<\/p>\n<p>Blanche se renfrogne. En silence, la famille Monstrolet se toise au moment o\u00f9 Marie vient apporter de nouvelles assiettes.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(insidieusement, \u00e0 Cun\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Tu ne pourrais pas inventer quelque chose pour donner meilleure mine \u00e0 ton fr\u00e8re ?<\/p>\n<p><strong>Blanche<\/strong> <em>(irrit\u00e9e, \u00e0 son mari)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Vous exag\u00e9rez !<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Mais regardez-le ! Tout maigre&#8230; Tout p\u00e2le&#8230;<\/p>\n<p>On dirait une endive !<\/p>\n<p>Vex\u00e9, Albert quitte la table. En sortant, il croise Marie qui apporte un plat sur lequel est d\u00e9coup\u00e9 un maigre volatile.<\/p>\n<p><strong>Blanche<\/strong> <em>(s\u00e8chement)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Vous \u00eates trop dur avec notre fils !<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(salivant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Rien de tel qu&rsquo;un bon pigeon pour vous remettre d&rsquo;aplomb !<\/p>\n<p><strong>Blanche<\/strong> <em>(s\u00e8chement)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; De toute fa\u00e7on, vous pr\u00e9f\u00e9rez votre sale chien \u00e0 votre propre famille !<\/p>\n<p>Cerb\u00e8re \u00e9met un faible jappement \u00e0 la vue et \u00e0 l&rsquo;odeur du pigeon r\u00f4ti.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Ma ch\u00e8re&#8230; Vous \u00eates ce que j&rsquo;ai de plus pr\u00e9cieux en ce bas monde&#8230;<\/p>\n<p>Le d\u00e9tecteur de menteries se met \u00e0 sonner.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(\u00e0 Cun\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Ramasse-moi ce satan\u00e9 engin !<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir servi tout le monde, Marie d\u00e9pose une patte dans l&rsquo;assiette d&rsquo;Albert.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(\u00e0 Cerb\u00e8re)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Je compte jusqu&rsquo;\u00e0 trois et si mon dadais de fils n&rsquo;est pas revenu, je te donne la pa-pate mon chien-chien&#8230; ! Trois !<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9gonde <\/strong><em>(outr\u00e9e)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Papa !!!<\/p>\n<p>Cerb\u00e8re \u00e9met un nouveau jappement. Monstrolet prend l&rsquo;assiette d&rsquo;Albert et le donne \u00e0 son chien. Marie s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 repartir<\/p>\n<p><strong>Blanche<\/strong> <em>(furieuse, \u00e0 Marie)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Marie, tu te moques de moi ou quoi&#8230;! J&rsquo;avais dit un repas copieux&#8230; ! File me chercher Berthe !<\/p>\n<p><strong>Marie <\/strong><em>(\u00e0 Blanche)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Je peux pas madame, je peux pas vous la chercher !<\/p>\n<p><strong>Blanche<\/strong> <em>(\u00e0 Marie)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Et pourquoi donc ?<\/p>\n<p><strong>Marie <\/strong><em>(\u00e0 Blanche)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Parce que vous allez lui faire la roue&#8230; ! Et, apr\u00e8s, Berthe, elle sera morte !<\/p>\n<p>Marie s&rsquo;enfuit dans la cuisine en pleurant.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(ironique \u00e0 Blanche)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Vous \u00eates trop dure avec nos gens de cuisine!<\/p>\n<p>Combl\u00e9, Cerb\u00e8re termine sa patte de pigeon \u00e0 la grande satisfaction de son ma\u00eetre devant le regard r\u00e9probateur des deux femmes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>SEQUENCE 6\/Salle ch\u00e2teau\/Int-soir.<\/strong><\/p>\n<p>Monstrolet caresse son chien confortablement install\u00e9 dans son sofa canin, r\u00e9plique exacte du sofa seigneurial.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(tendrement)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est toi que j&rsquo;aurais d\u00fb avoir comme fils !<\/p>\n<p>On frappe \u00e0 la porte. Fayot est annonc\u00e9 par deux gardes qui continuent \u00e0 lui barrer le passage.<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(d&rsquo;une petite voix, tordant son bonnet dans ses mains)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est Fayot, Monseigneur !<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(hurlant, aux gardes)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Imb\u00e9ciles, laissez-le rentrer !<\/p>\n<p>Les deux gardes emm\u00e8lent leurs lances. Fayot parvient difficilement \u00e0 passer par en dessous et s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 une grande distance du baron.<\/p>\n<p>Monstrolet jette un regard enamour\u00e9 \u00e0 son chien.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(\u00e0 Fayot, d&rsquo;un geste de la main)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Avance Fayot, avance&#8230;<\/p>\n<p>Fayot s&rsquo;ex\u00e9cute et avance de quelques pas.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Avance plus pr\u00e8s&#8230;!<\/p>\n<p>R\u00e9ticent, Fayot avance doucement.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Voil\u00e0&#8230; C&rsquo;est \u00e7a&#8230; Allez, plus pr\u00e8s&#8230;, plus pr\u00e8s encore&#8230;<\/p>\n<p>Fayot s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 quelques m\u00e8tres du seigneur. De plus en plus songeur, Monstrolet regarde son chien.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(sans quitter du regard son chien)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Recule malheureux&#8230;!!!<\/p>\n<p>Interloqu\u00e9, Fayot regarde Monstrolet et le chien sans bouger.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(regardant Fayot)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Tu vas reculer, bougre de cr\u00e9tin !!!<\/p>\n<p>Apeur\u00e9, Fayot recule brusquement et manque de tomber.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(d&rsquo;un geste de la main)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Encore, encore&#8230;<\/p>\n<p>Fayot continue de reculer et vient se cogner violemment \u00e0 la porte d&rsquo;entr\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Sors Fayot, sors&#8230; Referme la porte brusquement, rentre \u00e0 nouveau et viens jusqu&rsquo;\u00e0 moi !<\/p>\n<p>L&rsquo;air h\u00e9b\u00e9te, Fayot sort. Monstrolet caresse son chien et le regarde tristement.<\/p>\n<p>La porte s&rsquo;ouvre sur Fayot qui a du mal \u00e0 rentrer \u00e0 cause des gardes qui n&rsquo;ont rien compris au man\u00e8ge. Il claque la porte et s&rsquo;avance d&rsquo;un pas d\u00e9cid\u00e9. Au milieu de la pi\u00e8ce, Monstrolet l&rsquo;arr\u00eate.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Stop !!!<\/p>\n<p>Fayot se fige sur un pied.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monstrolet <\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Tape du pied, Fayot !<\/p>\n<p>Fayot tape du pied.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monstrolet <\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Plus fort, plus fort !!!<\/p>\n<p>Saute, saute ! Mais saute Fayot&#8230;<\/p>\n<p>Saute, Nom de Dieu !!!<\/p>\n<p>Fayot saute sur place \u00e0 plusieurs reprises.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Bon maintenant, avance vers moi et crie moi-dessus !!!<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Fayot<\/strong> <em>(scandalis\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Je ne peux faire \u00e7a, Monseigneur !<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(regardant son chien)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Fais ce que je te dis ! C&rsquo;est un ordre !<\/p>\n<p>Prenant une grande respiration, Fayot s&rsquo;avance vers Monstrolet jusqu&rsquo;\u00e0 se retrouver nez \u00e0 nez avec lui.<\/p>\n<p><strong>Fayot <\/strong><em>(hurlant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; MONSTROLLEEETTTTT !!!!<\/p>\n<p>Monstrolet et Fayot se regardent, les yeux dans les yeux.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(tr\u00e8s doucement)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Tu ne remarques rien Fayot ?<\/p>\n<p><strong>Fayot <\/strong><em>(encore plus doucement<\/em>)<\/p>\n<p>&#8211; Rien Monseigneur&#8230; Rien, rien du tout&#8230;<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, tout bas)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Il n&rsquo;aboie plus, imb\u00e9cile&#8230;<\/p>\n<p><em>(en hurlant)<\/em><\/p>\n<p>Mon Cerb\u00e8re n&rsquo;aboie plus !<\/p>\n<p>Rest\u00e9s nez \u00e0 nez, les deux hommes regardent le chien qui s&rsquo;est endormi.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(mena\u00e7ant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Fayot, faut que tu me trouve quelque chose pour le faire aboyer&#8230; Sinon&#8230;<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(timidement)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; &#8230; Le b\u00e2ton&#8230; ?<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(tout bas)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; &#8230; Non&#8230; Non, pas le b\u00e2ton Fayot&#8230;<\/p>\n<p><em>\u00a0(souriant cruellement)<\/em><\/p>\n<p>Le fouet \u00e0 clous !<\/p>\n<p><strong>SEQUENCE 7\/Salle Ch\u00e2teau\/Int-Soir. \u00a0\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>A quatre pattes devant son chien, Monstrolet aboie. Debout avec son luth, le bouffon regarde le seigneur s&rsquo;agiter devant Cerb\u00e8re. Assises autour de la table, Blanche et Cun\u00e9gonde discutent comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Ouaff, ouaff, ouaff !!!<\/p>\n<p>Cerb\u00e8re ne manifeste aucune r\u00e9action.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(au bouffon)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Bouffon, tu pourrais m&rsquo;aider au lieu de me regarder avec ton air de chien battu !<\/p>\n<p><strong>Le Bouffon<\/strong> <em>(se frappant le cr\u00e2ne)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Je r\u00e9fl\u00e9chis, moi, Monseigneur !<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(se relevant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Bon allez, aux grands maux, les grands rem\u00e8des&#8230;!<\/p>\n<p>Exceptionnellement, je t&rsquo;autorise \u00e0 chanter !<\/p>\n<p>\u00c7a peut peut-\u00eatre d\u00e9clencher quelque chose !<\/p>\n<p><strong>Le Bouffon<\/strong> <em>(saisissant son Luth)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Je vais intituler cette chanson&#8230;<\/p>\n<p><em>(l&rsquo;air inspir\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aboie, mon chien, aboie !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tandis que tout le monde dans la pi\u00e8ce se bouche imm\u00e9diatement les oreilles, le Bouffon entame sa chanson.<\/p>\n<p><strong>Le Bouffon<\/strong> <em>(de sa voix de cr\u00e9celle)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Cerb\u00e8re, gardien des enfers,<\/p>\n<p>pourquoi as-tu perdu la voix ?<\/p>\n<p>Aboie mon chien, aboie&#8230;<\/p>\n<p>Ouahh, ouahh, ouahh&#8230;<\/p>\n<p>Sinon ton ma\u00eetre pleurera mis\u00e8re&#8230;<\/p>\n<p>&#8230; Aboie mon chien, aboie Cerb\u00e8re&#8230;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Blanche<\/strong> <em>(se levant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Cette rengaine est insoutenable&#8230; !<\/p>\n<p>Je pr\u00e9f\u00e8re encore quand il essaie de nous faire rire !<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9gonde<\/strong> <em>(lui embo\u00eetant le pas)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; L\u00e0, maman, tu exag\u00e8res !<\/p>\n<p>Les deux femmes se dirigent vers leurs appartements.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(\u00e0 sa fille, d\u00e9signant son chien)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Sois gentille ma fille ! Je t&rsquo;en supplie, pr\u00e9pare lui une petite potion !<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>SEQUENCE 8\/Chambre ch\u00e2teau\/Int-Nuit.\u00a0\u00a0 <\/strong><\/p>\n<p>La porte grince. Fayot et Enguerrand v\u00eatus de collants et de justaucorps noirs entrent dans la chambre avec pr\u00e9caution. Leurs t\u00eates sont recouvertes d&rsquo;un bas noir qui d\u00e9forment leurs visages. Enguerrand fait tomber malencontreusement un objet. Dans son lit, le seigneur \u00e9met un borborygme. Fayot se dirige vers le bout du lit o\u00f9 dort Cerb\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Fayot <\/strong><em>(chuchotant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Par l\u00e0 !<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Fayot et son fils s&rsquo;agenouillent pr\u00e8s du chien. Le lit s&rsquo;enfonce sous leur poids.<\/p>\n<p><strong>Blanche <\/strong><em>(r\u00eavant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Oh oui l\u00e0&#8230;. Oui, oui, oui !!!<\/p>\n<p>Dans le dos de son p\u00e8re, Enguerand se penche sur Blanche et commence \u00e0 lui palper les seins. Fayot approche sa main de la gueule de Cerb\u00e8re. Celui-ci la saisit et le mord.<\/p>\n<p><strong>Fayot <\/strong><em>(essayant de contenir sa douleur)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; A\u00efe&#8230;! Maudit cabot !!!<\/p>\n<p>Enguerrand sursaute et d\u00e9s\u00e9quilibre le lit. Le seigneur se redresse et aper\u00e7oit les deux silhouettes. Il saisit le casse-t\u00eate accroch\u00e9 au dessus de son lit et en menace les intrus.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Arri\u00e8re t\u00e9tards g\u00e9ants&#8230;!!! Ou je vous escrabouille !!!<\/p>\n<p><strong>Blanche<\/strong> <em>(continuant \u00e0 r\u00eaver)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Ouh ! Ch\u00e9ri, non pas \u00e7a&#8230;!<\/p>\n<p>Oh oui&#8230; Comme \u00e7a !!!<\/p>\n<p>Enguerrand essaie sans succ\u00e8s de retirer le bas qui recouvre son visage.<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(tout doucement)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est nous, Messire.<\/p>\n<p>Fayot parvient enfin \u00e0 retirer le bas d&rsquo;Enguerrand et le gifle.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(furieux)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Qu&rsquo;est ce que tu fais l\u00e0, bougre de cr\u00e9tin ?<\/p>\n<p><strong>Fayot <\/strong><em>(craintif)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; J&rsquo;esp\u00e9rais qu&rsquo;en faisant peur \u00e0 Cerb\u00e8re, \u00e7a le ferait aboyer&#8230;<\/p>\n<p>Monstrolet les rejoint au bout du lit et caresse Cerb\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(doucement)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Imb\u00e9cile ! Regarde ce que tu as fait. Tu as r\u00e9veill\u00e9 mon chien.<\/p>\n<p><em>\u00a0(\u00e0 Cerb\u00e8re)<\/em><\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est rien mon C\u00e9cer&#8230; Rendors-toi.<\/p>\n<p>Toujours endormie, Blanche se redresse et tire Fayot par le cou.<\/p>\n<p><strong>Blanche <\/strong><em>(passionn\u00e9e)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Viens par l\u00e0 mon grand cochon sauvage !!!<\/p>\n<p>Enguerrand rit bruyamment. Fayot tente de se d\u00e9gager et \u00e9met des sons \u00e9trangl\u00e9s. Monstrolet se l\u00e8ve et tire Fayot par les jambes.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Touche pas \u00e0 la femme Blanche, Maraud !<\/p>\n<p>Monstrolet tombe \u00e0 la renverse entra\u00eenant Fayot dans sa chute. Enguerrand rit de plus belle tandis que Blanche se rendort.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>SEQUENCE 8\/Salle ch\u00e2teau\/Int-Jour.<\/strong><\/p>\n<p>Albert et Blanche se font face autour de la table dress\u00e9e pour le d\u00e9jeuner. Le couvert est dress\u00e9 pour quatre. Dans les assiettes : un navet, deux carottes ratatin\u00e9es et une tranche de mortadelle pas tr\u00e8s fra\u00eeche. Albert regarde la tranche de mortadelle puis la soul\u00e8ve avec circonspection.<\/p>\n<p><strong>Albert<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Encore quelques jours \u00e0 ce r\u00e9gime et je peux devenir mannequin-vedette chez Anodine Alala !<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Blanche<\/strong> <em>(soupirant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Les privations ne me valent rien au teint&#8230;<\/p>\n<p>Cun\u00e9 n&rsquo;a m\u00eame plus de quoi pr\u00e9parer mes masques beaut\u00e9&#8230;! Dans quel monde vit-on?<\/p>\n<p>Le bouffon fait son apparition et s&rsquo;approche de la table.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Le Bouffon<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Monseigneur ne d\u00e9jeunera pas. Il pr\u00e9f\u00e8re rester aux c\u00f4t\u00e9s de son Cerb\u00e8re. J&rsquo;ai pourtant essay\u00e9 de le consoler en lui disant que son chien avait juste un chat dans la gorge&#8230;<\/p>\n<p>Il sourit \u00e0 sa pauvre blague. Albert et Blanche lui jettent un regard constern\u00e9. L&rsquo;air satisfait, le bouffon s&rsquo;asseoit \u00e0 la place du seigneur et noue une serviette autour de son cou.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Le Bouffon<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Vous connaissez l&rsquo;histoire de la princesse et du crapaud ? C&rsquo;est une princesse avec un bec de li\u00e8vre qui ramasse un crapaud sur la route. Elle l&#8217;embrasse&#8230;<\/p>\n<p>Alors que le bouffon s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 saisir un aliment, Blanche lui plante un couteau entre les doigts.<\/p>\n<p><strong>Blanche <\/strong><em>(mena\u00e7ante)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Bouffon, tu touches \u00e0 cette carotte et je te jure que tu ne pourras pas jouer du luth de si t\u00f4t !<\/p>\n<p>Apeur\u00e9, le bouffon retire sa main et reprend son histoire.<\/p>\n<p><strong>Le Bouffon<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; &#8230; le crapaud se transforme en beau prince&#8230;<\/p>\n<p>Blanche lui arrache la serviette et le chasse en le frappant avec.<\/p>\n<p><strong>Blanche <\/strong><em>(au comble de l&rsquo;exasp\u00e9ration)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; D\u00e9guerpis bouffon de malheur !!!<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Le bouffon s&rsquo;enfuit en tentant de subtiliser la tranche de mortadelle dans l&rsquo;assiette de Cun\u00e9 qui n&rsquo;est toujours pas l\u00e0.<\/p>\n<p><strong>Le Bouffon <\/strong><em>(continuant son histoire)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; La princesse dit au prince : \u00ab\u00a0Oh beau Prince,<\/p>\n<p>embrasse-moi\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>Blanche lui jette sa timbale \u00e0 la t\u00eate du bouffon qui l&rsquo;\u00e9vite de peu. L&rsquo;ustensile vient rebondir aux pieds de Cun\u00e9 qui fait son entr\u00e9e dans la salle.<\/p>\n<p><strong>Le Bouffon<\/strong> <em>(affol\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Le prince lui r\u00e9pond : \u00ab\u00a0J&#8217;embrasse pas les crapauds\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le bouffon disparait vers la cuisine. Cun\u00e9 ramasse la timbale puis, impavide, regarde sa m\u00e8re et son fr\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Blanche <\/strong><em>(calm\u00e9e)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Tu viens manger ma ch\u00e9rie ?<\/p>\n<p>Sans la regarder, Cun\u00e9 se dirige vers la cuisine.<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Non, merci. De toute fa\u00e7on, je ne pourrais rien avaler&#8230; !<\/p>\n<p><strong>Blanche<\/strong> <em>(\u00e0 Albert)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Cette petite n&rsquo;a pas l&rsquo;air dans son assiette&#8230;<\/p>\n<p>Cun\u00e9 \u00e0 peine disparue vers la cuisine, Blanche et Albert se jettent sur les assiettes des convives manquants et en versent le maigre contenu dans les leurs.<\/p>\n<p><strong>Albert<\/strong> <em>(constern\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Bon app\u00e9tit maman !<\/p>\n<p><strong>Blanche<\/strong> <em>(aust\u00e8re)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Dans quel monde vit-on ?<\/p>\n<p>Seul le bruit lugubre des couverts raclant les assiettes se fait entendre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>SEQUENCE 11\/Chambre Ch\u00e2teau\/Int-Jour.<\/strong><\/p>\n<p>Le seigneur est assis au bout de son lit, la t\u00eate de son chien install\u00e9e sur ses genoux. Il le caresse.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(m\u00e9lancolique)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Ah, mon C\u00e9cer, mon B\u00e9ber, mon chien chien&#8230; Que deviendrais-je sans toi ?<\/p>\n<p><em>(souriant)<\/em><\/p>\n<p>Tu te souviens de notre premi\u00e8re rencontre&#8230;Tu tenais dans ta gueule une tourterelle \u00e9ventr\u00e9e&#8230; Je t&rsquo;ai tout de suite aim\u00e9 !<\/p>\n<p>Il retape le coussin du chien qui soul\u00e8ve une paupi\u00e8re. Le seigneur rit, attendri.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>Et le manant. T&rsquo;en souviens tu&#8230; ?<\/p>\n<p>Tu voulais l&rsquo;\u00e9gorger ! Quel jeune chien fol tu \u00e9tais ! Heureusement que je suis intervenu&#8230;!<\/p>\n<p>Monstrolet lui tapote le flanc.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; &#8230; tu lui avais d\u00e9j\u00e0 arrach\u00e9 la panse !<\/p>\n<p>Monstrolet rit. Le chien remue la queue.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(\u00e9mu)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Comme tout \u00e7a me semble loin&#8230;<\/p>\n<p>Et voil\u00e0 qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, tu ne me parles plus&#8230;<\/p>\n<p>En provenance de l&rsquo;ext\u00e9rieur, une musique discordante se fait entendre. Le seigneur se dirige vers la fen\u00eatre, l&rsquo;ouvre et crie.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(criant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Bouffon, cesse imm\u00e9diatement ce tapage ou je te fais \u00e9carteler sur le champ !!!<\/p>\n<p>On entend une fausse note, puis \u00e0 nouveau le silence. Le seigneur retourne enlacer son chien qui s&rsquo;est endormi en ronflant. La porte s&rsquo;ouvre sur Blanche.<\/p>\n<p><strong>Blanche <\/strong><em>(furieuse)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Bertrand ! \u00c7a ne peut plus durer ! Votre famille d\u00e9p\u00e9rit et vous passez votre temps \u00e0 dorloter ce sac \u00e0 puces !<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(mena\u00e7ant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Retirez tout de suite cette vil\u00e9nie, Blanche !<\/p>\n<p><em>(\u00e0 son chien endormi)<\/em><\/p>\n<p>N&rsquo;\u00e9coute pas cette ribaude, mon chien&#8230;<\/p>\n<p><strong>Blanche <\/strong><em>(s\u00e9v\u00e8re)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Les serfs ne livrent plus le ch\u00e2teau. Il n&rsquo;y a plus rien en cuisine !<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(ironique)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Vous n&rsquo;\u00eates donc plus au r\u00e9gime, ma mie ?<\/p>\n<p><strong>Blanche <\/strong><em>(le fixant avec duret\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Il faut agir, et vite, sinon vous ferez ceinture vous aussi&#8230; et jusque dans votre couche&#8230; ! Je vous aurai pr\u00e9venu !<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(souriant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Vous avez retrouv\u00e9 la cl\u00e9 de votre ceinture, cher amour ?<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>D&rsquo;un geste rageur, Blanche jette son hennin sur le sol.<\/p>\n<p><strong>Blanche <\/strong><em>(bl\u00eame de rage)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Grossier personnage ! Faites quelque chose o\u00f9 c&rsquo;est moi qui m&rsquo;en charge !<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Des menaces \u00e0 pr\u00e9sent ! Par piti\u00e9, n&rsquo;en faites rien ! Je vais prendre des mesures !<\/p>\n<p>D\u00e9tournant le regard vers son chien, Monstrolet cong\u00e9die Blanche d&rsquo;un geste de la main et de l&rsquo;autre caresse Cerb\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(\u00e0 Cerb\u00e8re endormi)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Si seulement c&rsquo;\u00e9tait elle qui pouvait perdre la voix !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>SEQUENCE 11\/Salle ch\u00e2teau\/Int-Jour.<\/strong><\/p>\n<p>Le seigneur est assis sur son tr\u00f4ne. Il caresse la t\u00eate de Cerb\u00e8re install\u00e9 \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s sur la r\u00e9plique miniature du si\u00e8ge seigneurial.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Mais oui, il \u00e9tait beau le chien \u00e0 son seigneur !<\/p>\n<p>Fayot passe la porte en courbant la t\u00eate. Il s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 un pas du seigneur et enl\u00e8ve son bonnet. Monstrolet pose son nez contre le museau de son chien.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Qu&rsquo;il avait un beau pelage soyeux, mon p\u00e9p\u00e8re&#8230;<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(mielleux)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a, c&rsquo;est pure v\u00e9rit\u00e9, Messire&#8230; !<\/p>\n<p>Rarement canid\u00e9 a eu poil plus lustr\u00e9 !<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(levant la t\u00eate)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Que fais-tu l\u00e0, Vilain ?<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(baissant les yeux)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Vous m&rsquo;avait fait qu\u00e9rir, Messire.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(se grattant la t\u00eate)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Ah oui ! Cerb\u00e8re me fait tellement souci que j&rsquo;en perds la m\u00e9moire&#8230;!<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Fayot<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est bien normal, mon Baron. Quelle tristesse en effet de voir ce pauvre chien devenir loque.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(l&rsquo;interrompant d&rsquo;un geste mena\u00e7ant de la main)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Surveille ton langage, Fayot. D&rsquo;accord, Cerb\u00e8re est un peu fatigu\u00e9 en ce moment mais il a encore la force de t&rsquo;arracher la langue&#8230; ! Mes gens m&rsquo;informent que nous sommes au bord de la famine. Les serfs ne livrent plus parait-il ? Pourquoi ne m&rsquo;en as-tu pas averti ?<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Fayot tord son bonnet entre ses mains.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Fayot<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Les serfs sont en gr\u00e8ve, Messire. Ces racailles refusent de s&rsquo;acquitter du p\u00e9age. Et cet enrag\u00e9 de Lerouge parle m\u00eame de grande Jacquerie !<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Ces arri\u00e9r\u00e9s ne savent-ils pas que tout fief moderne doit avoir son p\u00e9age ? Le Comte de La Mistoufle en a un lui&#8230; Le seigneur de Villetouze aussi&#8230;<\/p>\n<p>Ils sont pourtant bien aim\u00e9s de leur peuple !<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Fayot<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Oh, mais votre popularit\u00e9 reste grande, Messire&#8230; C&rsquo;est juste que ce Lerouge&#8230;<\/p>\n<p>Monstrolet tire une dague de son pourpoint. Apeur\u00e9, le vilain recule d&rsquo;un pas. Le seigneur entreprend de se curer les ongles avec la dague.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(avec un sourire cruel<\/em>)<\/p>\n<p>&#8211; Il est vrai que tous ces seigneurs sont mieux entour\u00e9s que je ne le suis. Fayot, tu es la calamit\u00e9 des r\u00e9gisseurs !<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(h\u00e9sitant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Mon Baron, je ..<\/p>\n<p>Le seigneur se l\u00e8ve brusquement. Les genoux de Fayot s&rsquo;entrechoquent de peur.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(furieux)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Tu m&rsquo;\u00e9chauffes, vilain. Tu m&#8217;emmerdes ! Tu n&rsquo;es qu&rsquo;un incapable Fayot. M\u00eame pas fichu de faire aboyer mon chien.<\/p>\n<p><em>\u00a0(hurlant)<\/em><\/p>\n<p>Gardes, jetez \u00e7a hors de ma vue ! Ce f\u00e2cheux fatigue mon Cerb\u00e8re !<\/p>\n<p>Les deux gardes asynchrones entrent dans la salle. Monstrolet lance sa dague en direction de Fayot qui a pris la fuite vers la cuisine. La dague vient atterrir sous les pieds d&rsquo;un des gardes qui glisse et entraine son alter ego dans sa chute.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>SEQUENCE 12\/Insert \u00ab\u00a0Avis \u00e0 la populace\u00a0\u00bb \u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Sur un panneau d&rsquo;affichage public, un placard est accoll\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Avis \u00e0 la populace !<\/p>\n<p>Quiconque fera aboyer Cerb\u00e8re, le chien seigneurial,<\/p>\n<p>Se verra attribuer le poste de r\u00e9gisseur<\/p>\n<p>En lieu et place du sieur Fayot.<\/p>\n<p>Sign\u00e9 : La Baronnie de Monstrolet.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>SEQUENCE 13\/Chaumi\u00e8re Lerouge\/Int-Soir.<\/strong><\/p>\n<p>Monique s&rsquo;agite dans le coin cuisine. Guy et Juste Lerouge sont attabl\u00e9s devant une multitude de plats. Les deux hommes mangent avec leurs mains. Entre deux bouch\u00e9es, Guy Lerouge boit de larges rasades de vin et se ressert.<\/p>\n<p><strong>Lerouge<\/strong> <em>(d\u00e9j\u00e0 passablement ivre, chantant fa\u00e7on supporter de foot)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Fayot, Fayot&#8230; Fayot, Fayot&#8230; !!!<\/p>\n<p><strong>Juste <\/strong><em>(imitant le chien)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Ouaff&#8230; Ouaff !<\/p>\n<p><strong>Monique<\/strong> <em>(\u00e0 la cantonnade)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Laissez donc quelque chose \u00e0 Marie !<\/p>\n<p>C&rsquo;est pas au ch\u00e2teau qu&rsquo;on va nous la nourrir !<\/p>\n<p><strong>Juste <\/strong><em>(\u00e0 Monique)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Ne t&rsquo;inqui\u00e8te pas maman ! Y&rsquo;en aura pour tout le monde !<\/p>\n<p><em>\u00a0 (\u00e0 Lerouge)<\/em><\/p>\n<p>Tu crois qu&rsquo;il va tenir combien de temps Fayot ?<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Lerouge<\/strong> <em>(se resservant du vin<\/em>)<\/p>\n<p>&#8211; Il est cuit le Fayot ! Cuit, cuit, archi-cuit&#8230; !!!<\/p>\n<p>Et Monstrolet ne trouvera personne pour le remplacer !<\/p>\n<p><strong>Juste<\/strong> <em>(entre deux bouch\u00e9es)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Et si c&rsquo;\u00e9tait quelqu&rsquo;un de pire qui devenait r\u00e9gisseur ?<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><strong><em>Lerouge<\/em><\/strong><em> (se resservant du vin)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Pire que Fayot ! Impossible !<\/p>\n<p>Depuis l&rsquo;ext\u00e9rieur, le chant de l&rsquo;internationale serf se fait entendre.<\/p>\n<p><strong>Chanteur<\/strong> <em>(en off)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est la lutte finale<\/p>\n<p>Serfs, donnons nous la main&#8230;<\/p>\n<p><strong>Lerouge<\/strong> <em>(se levant, \u00e0 Juste)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; L\u00e8ve toi !<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Lerouge et Juste<\/strong> <em>(chantant avec le chanteur off)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Fi du droit royal<\/p>\n<p>Le serf sera vilain !<\/p>\n<p>Appara\u00eet alors en chantant Marciou qui tient dans ses mains un gros jambon. Il s&rsquo;arr\u00eate de chanter.<\/p>\n<p><strong>Marciou <\/strong><em>(essouffl\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Tiens camarade, je t&rsquo;ai apport\u00e9 un beau jambon. Je l&rsquo;ai piqu\u00e9 sur une chariotte du ch\u00e2teau bloqu\u00e9e \u00e0 la fronti\u00e8re du comt\u00e9 par nos barrages.<\/p>\n<p>Marciou pose le jambon sur la table.<\/p>\n<p><strong>Lerouge <\/strong><em>(\u00e0 Monique)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Moumoune, t&rsquo;as bien une assiette et une timbale pour Marciou ?<\/p>\n<p><strong>Monique <\/strong><em>(s&rsquo;affairant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; J&rsquo;ai toujours ce qu&rsquo;il faut pour les camarades!<\/p>\n<p>Monique d\u00e9pose assiette et timbale devant Marciou. Lerouge lui sert du vin. Marciou boit cul sec et se ressert sans c\u00e9r\u00e9monie.<\/p>\n<p><strong>Lerouge <\/strong><em>(\u00e0 Marciou)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Alors, comment \u00e7a se passe chez nos voisins?<\/p>\n<p><strong>Marciou <\/strong><em>(se servant une belle cuisse de poulet)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Le mouvement gagne Lerouge ! Encore quelques jours et tous les seigneurs de la r\u00e9gion n&rsquo;auront plus que la peau sur les os ! Et Fayot, quelles nouvelles ?<\/p>\n<p><strong>Lerouge <\/strong><em>(resservant les verres)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Il chauffe du bonnet le Fayot&#8230;! Il est cuit,<\/p>\n<p>archi-cuit&#8230;!!! Je m&rsquo;en vais lui piquer sa place !<\/p>\n<p><strong>Marciou <\/strong><em>(surpris)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Toi !!! A la place de Fayot ?<\/p>\n<p><strong>Lerouge <\/strong><em>(s&#8217;emportant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Et pourquoi pas ?<\/p>\n<p>A mon tour de le faire bosser le Fayot !!!<\/p>\n<p>Un peu inquiets, Marciou et Juste regardent Lerouge en silence.<\/p>\n<p><strong>Lerouge <\/strong><em>(avec de grands gestes)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Je vais en faire de la pur\u00e9e de Fayot !<\/p>\n<p>On va se la couler douce&#8230; !<\/p>\n<p>On sera gras, on s&rsquo;en mettra jusque l\u00e0 !<\/p>\n<p><em>(se levant en titubant)<\/em><\/p>\n<p>On va tous les faire trimer ces fayots, croyez-moi !!! A la trique, on va les exploiter !!!<\/p>\n<p>Pourquoi vous me regardez comme \u00e7a !<\/p>\n<p>Marciou et Juste ont cess\u00e9 de manger. Ils l&rsquo;\u00e9coutent sans oser intervenir.<\/p>\n<p>Dans le dos de Lerouge, Monique fait de grands signes pour leur faire comprendre que son mari est fin saoul. Elle s&rsquo;approche de Lerouge et l&rsquo;entra\u00eene tendrement vers la chambre.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monique<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Arr\u00eate de mouliner, tu nous fatigues&#8230;! Allez, viens, on va se coucher !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>SEQUENCE 14\/Atelier Cun\u00e9\/Int- Nuit.<\/strong><\/p>\n<p>Tout habill\u00e9e, Cun\u00e9 dort dans son lit. L&rsquo;atelier est \u00e9clair\u00e9 par la lune. Une ombre au bout d&rsquo;une corde se projette sur le mur. Dans un grand bruit, une silhouette vient s&rsquo;\u00e9craser par terre sur la descente de lit faite d&rsquo;une d\u00e9pouille d&rsquo;ours.<\/p>\n<p><strong>La silhouette (Juste)<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Rhhaaa!<\/p>\n<p>Cun\u00e9 se redresse et allume une sorte de lampe \u00e0 huile de sa confection. Par r\u00e9flexe, elle serre son oreiller contre son ventre et brandit une paire de ciseaux qu&rsquo;elle saisit sur la table de chevet.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Cun\u00e9 <\/strong><em>(d&rsquo;une voix chevrotante)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Je vous pr\u00e9viens, je n&rsquo;h\u00e9siterai pas \u00e0 vous crever les yeux !<\/p>\n<p>Recouverte de la peau d&rsquo;ours, la silhouette se redresse. Cun\u00e9 brandit la lampe et pousse un cri d&rsquo;horreur.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Juste<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Cun\u00e9, c&rsquo;est moi Juste ! C&rsquo;est juste moi !<\/p>\n<p>Cun\u00e9 met la lampe sous le nez de Juste, l&rsquo;examine et repose les objets sur la table de nuit. Elle attire Juste par le cou. Ils s&rsquo;effondrent sur le lit.<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Ah mon Juste ! Je suis tellement heureuse !<\/p>\n<p>S&#8217;emm\u00ealant dans la descente de lit, Juste suffoque. Prenant les r\u00e2les de son amant pour de l&rsquo;engouement, Cun\u00e9 le serre encore plus fort. S&rsquo;agitant en tout sens pour se d\u00e9gager, Juste projette Cun\u00e9 en arri\u00e8re et parvient enfin \u00e0 se d\u00e9barrasser de la peau d&rsquo;ours.<\/p>\n<p><strong>Juste <\/strong><em>(essoufl\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Je t&rsquo;ai attendue \u00e0 la cabane toute la nuit ! Qu&rsquo;est-ce que t&rsquo;as fichu ?<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9 <\/strong><em>(\u00e9tonn\u00e9e)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Comment \u00e7a tu m&rsquo;as attendue ? Nous n&rsquo;avions pas rendez-vous !<\/p>\n<p><strong>Juste <\/strong><em>(inquiet)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Quoi&#8230; ! Tu n&rsquo;as pas re\u00e7u mon message ?<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9 <\/strong><em>(sceptique)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Un message&#8230;?<\/p>\n<p><strong>Juste <\/strong><em>(haussant les \u00e9paules)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Oui, un message&#8230; ! Un billet contenant une information si tu pr\u00e9f\u00e8res&#8230; Je te l&rsquo;ai envoy\u00e9 par pigeon voyageur !<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Cun\u00e9 <\/strong><em>(interloqu\u00e9e)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Par pigeon&#8230;?<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Juste <\/strong><em>(mimant le vol d&rsquo;un oiseau)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Oui, un volatile de la famille des Colombins !<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9 <\/strong><em>(se mettant debout sur le lit)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Je sais parfaitement ce qu&rsquo;est un pigeon.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs, on en a mang\u00e9 un hier soir \u00e0 d\u00eener. Enfin&#8230; Quand je dis \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb, c&rsquo;est surtout mon p\u00e8re et son chien !<\/p>\n<p><strong>Juste<\/strong> <em>(d\u00e9go\u00fbt\u00e9 se relevant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Quoi, ton p\u00e8re et son Ceb\u00e8re ont mang\u00e9 Z\u00e9phyrin ! Mais c&rsquo;est horrible !<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9<\/strong> <em>(en col\u00e8re)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Mais qu&rsquo;est ce que c&rsquo;est que ces sornettes \u00e0 la fin ! Tu ne me donnes pas de nouvelles, je me ronge le foie&#8230; Et tout ce que tu trouves \u00e0 me dire c&rsquo;est que mon p\u00e8re est un monstre parce qu&rsquo;il mange du pigeon !!!<\/p>\n<p>Juste tente de la reprendre dans ses bras.<\/p>\n<p><strong>Juste<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Calme-toi, ma colombe&#8230; !<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9<\/strong> <em>(le repoussant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Voil\u00e0 maintenant que tu obsessionnalise sur les volatiles&#8230; ! Mon fr\u00e8re a bien raison&#8230; On ne peut pas faire confiance aux oiseaux de ton esp\u00e8ce&#8230;!<\/p>\n<p><strong>Juste<\/strong> <em>(d\u00e9concert\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Bon, je vois que tu t&rsquo;es r\u00e9veill\u00e9e du mauvais pied !<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9<\/strong> <em>(avec duret\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Au contraire, je crois que je n&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9 aussi \u00e9veill\u00e9e. Tu d\u00e9barques comme \u00e7a en pleine nuit et tu me raconte des histoires \u00e0 dormir debout ! C&rsquo;est fini, termin\u00e9&#8230; !!!<\/p>\n<p>Tu ne m&rsquo;auras plus avec tes fariboles&#8230; !<\/p>\n<p>Elle prend l&rsquo;oreiller et tente de le frapper. Juste recule et saisit la corde qui pend \u00e0 la fen\u00eatre.<\/p>\n<p><strong>Juste <\/strong><em>(conciliant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Ecoute Cun\u00e9&#8230;<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9 <\/strong><em>(intransigeante)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Tais toi !!!<\/p>\n<p><strong>Juste <\/strong><em>(disparaissant dans le vide)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Je reviendrai quand tu seras en \u00e9tat de &#8230;<\/p>\n<p>Cun\u00e9 se pr\u00e9cipite \u00e0 la fen\u00eatre avec une paire de ciseaux.<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9 <\/strong><em>(riant nerveusement en coupant la corde)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Bon vol, mon ange !<\/p>\n<p>Un grand cri et le bruit d&rsquo;un corps qui tombe dans l&rsquo;eau retentissent dans la nuit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>SEQUENCE 15\/Chaumi\u00e8re Lerouge\/Int-Jour.<\/strong><\/p>\n<p>Assis autour de la table, Lerouge, Monique et Juste prennent leur petit-d\u00e9jeuner. Lerouge a l&rsquo;air particuli\u00e8rement fatigu\u00e9. Monique lui sert une boisson fumante dans un bol.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monique <\/strong>(\u00e0 Lerouge)<\/p>\n<p>&#8211; Tiens, je t&rsquo;ai pr\u00e9par\u00e9 une tisane de ma composition pour ton mal de cr\u00e2ne.<\/p>\n<p>Sans un mot, Lerouge commence \u00e0 boire l&rsquo;\u00e9trange breuvage. En face de lui, Juste \u00e9ternue.<\/p>\n<p><strong>Monique <\/strong><em>(\u00e0 Juste)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; O\u00f9 t&rsquo;es all\u00e9 m&rsquo;attraper ce m\u00e9chant rhume ?<\/p>\n<p><strong>Juste<\/strong> <em>(\u00e0 Monique)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Je suis en froid avec Cun\u00e9gonde&#8230;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Lerouge<\/strong> <em>(\u00e0 Monique, d\u00e9signant son bol)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Pas tr\u00e8s efficace ton machin&#8230;! Pas tr\u00e8s fameux non plus !<\/p>\n<p><strong>Juste<\/strong> <em>(\u00e0 Lerouge, en confidence)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Je sais pourquoi Cerb\u00e8re n&rsquo;aboie plus !<\/p>\n<p><strong>Lerouge<\/strong> <em>(\u00e0 Juste, en se marrant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Ouaff, ouaff !!!<\/p>\n<p>Fayot suivi d&rsquo;Enguerrand font irruption dans la chaumi\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Juste<\/strong> <em>(\u00e0 Lerouge, en apart\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Si, si&#8230; Pour Ceb\u00e8re, j&rsquo;ai compris o\u00f9 il y a un os !<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(brutalement, \u00e0 Lerouge)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Il faut que tu m&rsquo;aides Lerouge !<\/p>\n<p><strong>Lerouge<\/strong><em> (sur le m\u00eame air, fa\u00e7on supporter de foot)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Fayot, Fayot&#8230;, Fayot, Fayot !<\/p>\n<p><strong>Juste <\/strong><em>(faisant les coeurs)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Ohhhh, ohhh !<\/p>\n<p><strong>Lerouge<\/strong> <em>(redevenant s\u00e9rieux, \u00e0 Fayot)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Tu pourrais frapper avant d&rsquo;entrer !<\/p>\n<p><strong>Enguerrand <\/strong><em>(ricanant doucement, \u00e0 son p\u00e8re)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Je te l&rsquo;avais pourtant dit papa !<\/p>\n<p><strong>Fayot <\/strong><em>(lui balan\u00e7ant une gifle)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Bein, tu vois, moi je frappe une fois rentr\u00e9 !<\/p>\n<p>Fayot s&rsquo;assoie \u00e0 la table tandis qu&rsquo;Enguerrand reste derri\u00e8re lui, \u00e0 bonne distance, en se frottant la joue.<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(doucereux, \u00e0 Lerouge)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Qu&rsquo;est-ce que tu bois&#8230;? \u00c7a sent tout dr\u00f4le !<\/p>\n<p>Monique pose un bol fumant de tisane devant Fayot.<\/p>\n<p><strong>Monique<\/strong> <em>(\u00e0 Enguerrand)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Tu veux un bol de chocolat mon petit ?<\/p>\n<p><strong>Enguerrand<\/strong> <em>(la prenant de haut<\/em>)<\/p>\n<p>&#8211; Pas tant que la gr\u00eave ne sera pas arr\u00eat\u00e9e&#8230;! A cause de vous, maman va \u00eatre pass\u00e9e \u00e0 la roue !<\/p>\n<p>Fayot regarde son fils durement. Celui-ci baisse les yeux piteusement.<\/p>\n<p><strong>Fayot <\/strong><em>(\u00e0 Lerouge)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Le petit a raison&#8230;! Il faut savoir terminer une gr\u00eave !<\/p>\n<p><strong>Lerouge<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Elle cessera quand j&rsquo;aurai pris ta place !<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(outr\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Quoi, tu serais pr\u00eat \u00e0 trahir ta classe !<\/p>\n<p><strong>Juste<\/strong> <em>(\u00e0 son p\u00e8re)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Pour une fois, Fayot a raison !<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(reprenant de l&rsquo;assurance, \u00e0 Lerouge)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Pour une fois, m\u00eame ton brigand de fils est d&rsquo;accord avec moi&#8230;! Un Lerouge est un Lerouge et un Fayot doit rester un Fayot&#8230; ! Sinon, c&rsquo;est la chienlit&#8230; ! Tu comprends \u00e7a, Guy ?<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Lerouge<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Je comprends surtout qu&rsquo;on sait comment lui faire aboyer son chien \u00e0 Monstre-laid !<\/p>\n<p><strong>Enguerrand<\/strong> <em>(de son air sup\u00e9rieur)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Monstrolet, pas Monstre-laid !<\/p>\n<p>Fayot fixe s\u00e9v\u00e8rement son fils qui baisse les yeux.<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(\u00e0 Lerouge)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Tu me dis comment faire aboyer ce maudit chien et je fais lever le p\u00e9age !<\/p>\n<p>Enguerrand ricane dans son coin. Lerouge r\u00e9fl\u00e9chit et se l\u00e8ve.<\/p>\n<p><strong>Lerouge <\/strong><em>(\u00e0 Fayot)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; March\u00e9 conclu mais pas d&rsquo;entourloupes hein !<\/p>\n<p><em> (fixant Fayot dans les yeux)<\/em><\/p>\n<p>Pr\u00e9pare un parchemin contractuel et je te dirai comment faire !<\/p>\n<p><strong>Fayot <\/strong><em>(se levant en lui tendant la main)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Tope-l\u00e0, Lerouge !<\/p>\n<p>Les deux hommes se serrent la main. Fayot tend son bol pour trinquer et boit une gorg\u00e9e avec une grimace de d\u00e9go\u00fbt.<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(\u00e0 Monique)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Cette fois, je ne vous demanderai pas la recette !<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>SEQUENCE 16\/Salle ch\u00e2teau\/Int-Jour.<\/strong><\/p>\n<p>Avachi sur son sofa, le seigneur est triste. Il caresse distraitement la t\u00eate de Cerb\u00e8re, install\u00e9 \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. On entend frapper.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(d&rsquo;un air las)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Entrez.<\/p>\n<p>Fayot apparait et marche en courbant un peu la t\u00eate vers lui.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Alors sournois, j&rsquo;esp\u00e8re que tu m&rsquo;apportes de bonnes nouvelles ?<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(l&rsquo;air satisfait)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Excellentes Messire&#8230; ! Je sais comment gu\u00e9rir votre Cerb\u00e8re !<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(m\u00e9fiant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Encore une de tes mauvaises plaisanteries ?<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Fayot<\/strong> <em>(mielleux)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Que non pas, Messire.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Cette fois, Fayot si tu \u00e9choues, je te fais r\u00f4tir vivant !<\/p>\n<p>Fayot prend le chien \u00e0 bras le corps contre sa poitrine et effectue un demi-tour sur lui-m\u00eame pour ne pas \u00eatre vu du seigneur. Puis il ass\u00e8ne une grande bourrade dans le dos du chien. Monstrolet se l\u00e8ve, pr\u00eat \u00e0 intervenir au moment o\u00f9 Cun\u00e9gonde p\u00e9n\u00e8tre dans la salle du ch\u00e2teau.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(mena\u00e7ant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Vilain, tu deviens fou ! Ote tout de suite tes sales pattes de mon chien !<\/p>\n<p>Le chien fait \u00ab\u00a0han\u00a0\u00bb et expulse un bout de parchemin enroul\u00e9 dans une bague de pigeon. Fayot l\u00e2che Cerb\u00e8re qui le regarde en grognant et aboie. Fayot ramasse le message et recule prudemment. Le seigneur se l\u00e8ve et se pr\u00e9cipite sur l&rsquo;animal pour le serrer contre lui.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(exhultant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Il aboie&#8230;! Tu as entendu Cun\u00e9, Cerb\u00e8re a aboy\u00e9 !!!<\/p>\n<p><em> (\u00e0 Cerb\u00e8re, en l\u2019embrassant)<\/em><\/p>\n<p>Tu aboies ! Tu aboies&#8230;!<\/p>\n<p>Je t&rsquo;aime mon chien, je t&rsquo;aime !!!<\/p>\n<p>Fayot profite de l&rsquo;inattention du seigneur pour lire discr\u00e8tement le message. Cun\u00e9 se jette sur Fayot et lui arrache le billet des mains. Elle le lit \u00e0 son tour et se dirige vers l&rsquo;escalier qui m\u00e8ne \u00e0 son atelier.<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9<\/strong> <em>(toute joyeuse, \u00e0 elle-m\u00eame)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Oh mon Juste, comme j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 injuste !<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Monstrolet l\u00e2che son chien et s&rsquo;approche de Fayot.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(gentiment, pour susciter la confidence)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Alors, Fayot, tu va bien m&rsquo;avouer ce que tu a fait \u00e0 mon Cerb\u00e8re !<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(fier de lui)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Que messire m&rsquo;accorde de garder quelques secrets&#8230;<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(magnanime, se rapprochant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Fayot, demande-moi ce que tu veux, je te l&rsquo;accorderai!<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(h\u00e9sitant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Voil\u00e0&#8230; J&rsquo;aimerais que vous supprimiez le p\u00e9age&#8230;<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong> <em>(embrassant Fayot)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Accord\u00e9, Fayot, accord\u00e9 !<\/p>\n<p>Fayot esquisse un geste de victoire.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet <\/strong><em>(d\u00e9signant Cerb\u00e8re)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Laisse-nous \u00e0 pr\u00e9sent. Nous avons beaucoup de choses \u00e0 nous dire&#8230;<\/p>\n<p>Courbant la t\u00eate, Fayot marche \u00e0 reculons jusque la sortie.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monstrolet <\/strong><em>(interpellant Fayot)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Ah! Au fait, Fayot&#8230;!<\/p>\n<p>Fayot redresse la t\u00eate et se fige.<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; A la place du p\u00e9age, on pourrait peut-\u00eatre mettre une vignette payante sur les boeufs ?<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(souriant)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Les boeufs vous appartiennent, Messire&#8230;!<\/p>\n<p>On pourrait peut-\u00eatre envisager de mettre une vignette sur les serfs !<\/p>\n<p><strong>Monstrolet<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Mais les serfs m&rsquo;appartiennent aussi !<\/p>\n<p><strong>Fayot<\/strong> <em>(\u00e9nigmatique)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Pas tout \u00e0 fait, Monseigneur&#8230; Pas tout \u00e0 fait&#8230;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Monstrolet <\/strong><em>(le cong\u00e9diant d&rsquo;un geste de la main)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Parfait, parfait ! Fais pour le mieux&#8230; !<\/p>\n<p>Moi, j&rsquo;ai \u00e0 faire&#8230;<\/p>\n<p>Monstrolet tape sur la panse de son chien, l&#8217;embrasse et aboie. Pour toute r\u00e9ponse, Cerb\u00e8re l\u00e2che un aboiement poussif.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>SEQUENCE 17\/Atelier Cun\u00e9\/Int-Soir.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Epilogue sur g\u00e9n\u00e9rique de fin.<\/strong><\/p>\n<p>Cun\u00e9 et Juste s&#8217;embrassent. Une voix se fait entendre depuis l&rsquo;escalier.<\/p>\n<p><strong>Blanche <\/strong><em>(off, exc\u00e9d\u00e9e)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Cun\u00e9, tu es l\u00e0 ?<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9 <\/strong><em>(\u00e0 Juste)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Vite disparais, c&rsquo;est ma m\u00e8re !<\/p>\n<p>Elle entra\u00eene Juste vers la fen\u00eatre. Il empoigne la corde qui pend \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur et disparait. La porte s&rsquo;ouvre sur Blanche qui agite le dernier num\u00e9ro de \u00ab\u00a0Tiens donc\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Blanche<\/strong> <em>(d&rsquo;une voix s\u00e8che)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Tu peux m&rsquo;expliquer ce que cela signifie ?<\/p>\n<p><em> (lisant)<\/em><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Idylle secr\u00e8te au fief de Monstrolet.<\/p>\n<p>Une personne digne de foi nous informe que la jeune Cun\u00e9gonde Monstrolet vit une passion torride avec un hors-la-loi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>(lui agitant le journal sous le nez<\/em>)<\/p>\n<p>Il y a m\u00eame ton portrait, regarde&#8230;!<\/p>\n<p><strong>Cun\u00e9 <\/strong><em>(jetant un coup d&rsquo;oeil furtif, d&rsquo;une voix lasse)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Maman tu sais bien que ces br\u00fblots \u00e0 scandales racontent n&rsquo;importe quoi !<\/p>\n<p>V\u00eatu d&rsquo;un pourpoint multicolore, Albert entre dans la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Albert <\/strong><em>(\u00e0 Cun\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Je suis dans tous mes \u00e9tats&#8230;!<\/p>\n<p>Plus mon rendez-vous approche, plus j&rsquo;ai une boule&#8230;!<\/p>\n<p><em> (lui montrant son ventre)<\/em><\/p>\n<p>L\u00e0&#8230;! Tu vois l\u00e0&#8230;!<\/p>\n<p>Tu n&rsquo;aurais pas une potion calmante ?<\/p>\n<p>Albert se met \u00e0 c\u00f4te de sa m\u00e8re et regarde la couverture du journal.<\/p>\n<p><strong>Albert <\/strong><em>(saisissant le journal, \u00e0 Cun\u00e9)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Mais c&rsquo;est toi ! Tu fais la une de \u00ab\u00a0Tiens donc\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em> (examinant le portrait)<\/em><\/p>\n<p>Mais qu&rsquo;est ce que c&rsquo;est que cette tenue ?<\/p>\n<p>Tu aurais tout de m\u00eame pu poser avec une de mes cr\u00e9ations !<\/p>\n<p>En col\u00e8re, Blanche lui arrache l&rsquo;enluminure des mains.<\/p>\n<p><strong>Blanche <\/strong><em>(mena\u00e7ante)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Je te pr\u00e9viens Cun\u00e9, si je te vois encore dans ce torchon&#8230; J&rsquo;en parle \u00e0 ton p\u00e8re !<\/p>\n<p>Tournant les talons, Blanche entra\u00eene Albert vers la sortie.<\/p>\n<p><strong>Blanche <\/strong><em>(en apart\u00e9, \u00e0 Albert)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Ces \u00e9chotiers n&rsquo;ont d\u00e9cidement rien \u00e0 se mettre sous la dent&#8230;! Je ne sais pas moi&#8230;<\/p>\n<p>Ils pourraient faire un article sur moi&#8230;<\/p>\n<p>Hein, qu&rsquo;est-ce-que tu en dis ?<\/p>\n<p><strong>Albert <\/strong><em>(flagorneur)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Un article n&rsquo;y suffirait pas, M\u00e8re !<\/p>\n<p>D&rsquo;un geste rageur, Blanche jette l&rsquo;enluminure par la fen\u00eatre. On entend un corps qui tombe dans l&rsquo;eau. Cun\u00e9 se mord les l\u00e8vres et pouffe de rire.<\/p>\n<p><strong>FIN<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; SEQUENCE 1\/Cuisine ch\u00e2teau\/Int-Jour Assise sur un banc devant la grande table en bois de la cuisine, Marie Lerouge pleure la t\u00eate entre ses mains. Berthe Fayot s&rsquo;active et dispose sur la table des ustensiles de cuisine. Sur le rebord de la fen\u00eatre, un pigeon roucoule. \u00a0Berthe (d&rsquo;un ton de reproche) &#8211; Cesse donc de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/praticiennarratif.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/197"}],"collection":[{"href":"http:\/\/praticiennarratif.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/praticiennarratif.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/praticiennarratif.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/praticiennarratif.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=197"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/praticiennarratif.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/197\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":200,"href":"http:\/\/praticiennarratif.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/197\/revisions\/200"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/praticiennarratif.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=197"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/praticiennarratif.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=197"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/praticiennarratif.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=197"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}