Fort Château (Projet de Sitcom)

 

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SEQUENCE 1/Cuisine château/Int-Jour

Assise sur un banc devant la grande table en bois de la cuisine, Marie Lerouge pleure la tête entre ses mains. Berthe Fayot s’active et dispose sur la table des ustensiles de cuisine. Sur le rebord de la fenêtre, un pigeon roucoule.

 Berthe (d’un ton de reproche)

– Cesse donc de pleurer, Marie !

Marie (sanglotant)

– Mais madame, je peux pas m’en empêcher…

Berthe qui continue à s’activer, saisit un torchon sur son épaule et lui envoie sur la figure.

Berthe (excédée)

– Sèche tes larmes et passe moi les légumes !

Marie (sanglotant)

– Mais madame, je peux pas vous les passer les légumes…

Les sanglots de Marie redoublent. Berthe s’asseoit à ses côtés et reprend le torchon.

Berthe (radoucie)

– Allez, dit moi ce que tu as sur le coeur !

Marie (se levant brusquement)

– Y’a plus rien à manger, madame !

Marie sort de la pièce en courant.

Berthe (criant, furieuse)

– C’est ça, va donc rejoindre ta famille d’affameurs !

Son regard croise le pigeon roucoulant sur le rebord de la fenêtre. Elle se saisit brusquement d’un hachoir et pourchasse le volatile qui s’envole dans la cuisine. Arrive Blanche de Monstrolet, coiffée d’un hennin, qui contemple la scène avec stupeur. Le pigeon détourne son cap et volète autour de Blanche. Poussant un petit cri de rage, Berthe lance son hachoir qui, après une longue série de rotation (au ralenti), loupe le pigeon et vient se planter sur la porte en transperçant le hennin de la baronne. Restée digne, Blanche s’avance vers Berthe.

Blanche (magnanime)

– Vous perdez la tête Berthe… ! Et en plus, vous voulez me faire perdre la mienne !

Berthe (balbutiante)

– C’est-à-dire que… Il n’y’a plus rien à manger, madame!

 Blanche

– Et vous comptiez peut-être me faire rôtir !

Berthe (gênée)

– Mais non madame… C’est le pigeon…

Blanche (l’interrompant cassante)

– Débrouillez-vous comme vous voulez mais servez nous un copieux repas ou je vous passe à la roue !

Ayant récupéré son hennin d’un geste rageur, Blanche sort à grands pas de la cuisine en claquant la porte. Dépitée, Berthe défie du regard le volatile rescapé qui a repris sa place sur le rebord de la fenêtre et roucoule à nouveau.

 

SEQUENCE 2/Chaumière Fayot/Int-Jour.  

Jean Fayot et son fils Enguerrand, assis de chaque côté de la table qui trône au milieu du salon de la chaumière, jouent aux dés. Sur chaque face d’un dé est inscrit un jour de la semaine. Sur l’autre dé, figurent les différentes corvées effectuées par les serfs du royaume. Fayot tient dans ses mains un jeu de cartes. Enguerrand lance les dés.

Enguerrand (excité)

– Samedi, Dimanche… ! Labourage !

Fayot (retournant une carte, excité)

– Lerouge ! Ah, ah, bien fait !!!

Enguerrand (géné)

– Dis papa, pourquoi c’est toujours Lerouge qui perd !

Fayot (didactique)

– Ecoute moi bien mon petit Ranran ! Il ne perd pas… Au contraire, il devrait me remercier que je lui donne du travail !

Entrée comme une furie dans la chaumière, Berthe se précipite sur son mari.

Berthe (sanglotant)

– Blanche veut me passer à la roue !

Fayot (rassurant)

– Berthie, voyons, calme toi…! Qu’est-ce qui s’est passé ?

Berthe (en pleurs)

– Les serfs ne livrent plus ! Toutes les chariotes sont stoppées sur les routes. C’est ce satané Lerouge qui organise les bouchons de retenue !

Brutalement, Fayot se défait de Berthe et la projette sur le lit.

Fayot (s’adressant furieux à la carte retournée sur la table figurant Lerouge)

– Tu vas me le payer, Rouge !!!

Fou de rage, Fayot sort de la chaumière en claquant la porte. Enguerrand retourne les cartes étalées sur la table. Le portrait de Guy Lerouge figure sur toutes les cartes. Il éclate de rire et sort de la chaumière sur les traces de son père.

SEQUENCE 3/Chaumière Lerouge/Int-Jour.    

Marie et Monique, la fille et la femme de Lerouge, épluchent des légumes debout devant la table. Marie jette un coup d’oeil au dernier numéro de « Tiens donc », enluminure people de l’époque posée devant elle.

Confortablement assis à leur côtés, Guy Lerouge est plongé dans la lecture du « Renouveau de la paysannerie. Enluminure 1 ».

Marie (en sussurant)

– Oh, t’as vu maman ! Jeannot Alité s’est réconcilié avec sa donzelle…

 Monique (levant les yeux)

– Il était fâché avec Dame Sylve Vatan ?

Marie (haussant la voix)

– Maman, ça fait quatre lustres qu’il n’est plus avec elle ! Je te parle de Laetitiane, moi… Pas de ta vieille parcheminée !

Lerouge (exaspéré)

– Ça cancane, ça cancanne…! Une vraie basse-cour ! Ecoutez plutôt ça, femmes sans cervelle !

(lisant à haute voix un extrait de son livre)

« La classe paysanne est la classe nourricière »…

 Monique (bougonnant, à Marie)

– On verra comment elle sera ta Laetitiane quand elle aura mon âge !

Lerouge (haussant la voix)

– … Sans laquelle aucune autre ne pourrait subsister !

Lerouge est interrompu par l’irruption brutale de Fayot avec Enguerrand sur ses talons. Le fils Fayot se dirige vers Marie en cherchant immédiatement à lui palper les seins. Elle se dégage vivement et le poursuit avec un poireau tout autour de la pièce.

 Fayot (à Lerouge)

– Tes serfs refusent de livrer le château et en plus ils bloquent la circulation avec leurs charrues. Cette fois Lerouge, tu pousses trop loin le bouchon !

Fayot s’approche de la table et s’appuie dessus, écrasant par inadvertance une tomate juteuse. En souriant, Monique lui tend un torchon avec lequel il s’essuie la main, l’air dégoûté.

 Fayot (d’un ton péremptoire, à Lerouge)

– Tu vas immédiatement faire cesser cette grève sur le tas !

Lerouge (sentencieux)

– Opération sabots lents…! Pas grève sur le tas !

Fayot

– Opération sabots lents, opération escargots, faites la chenille si vous voulez… Mais il faut que tu ordonnes à ta servaille de reprendre les livraisons !

 Lerouge (calme)

– Seulement si ton bien-aimé seigneur supprime son péage…! J’ai consulté la base… Cette fois, les serfs iront jusqu’au bout.

(tapant du poing sur la table)

Si Monstrolet ne cède pas, crois moi, on va droit à la Grande Jacquerie !

Fayot lève les yeux au ciel. Toujours poursuivi par Marie, Enguerrand renverse un récipient en train de chauffer sur l’âtre. Ebouillanté, il pousse un cri. Fayot se précipite vers son fils et lui assène une grande gifle. Lerouge regarde sa femme en secouant la tête l’air navré.

Monique (tendant une assiette à Fayot)

– Prenez donc un peu de tourte, Sieur Fayot….

Ça va vous calmer… Elle est encore toute chaude…

 Fayot

– C’est bien aimable Dame Monique. Mais c’est au château qu’il faudrait plutôt la servir !

Lerouge boit une rasade de vin et repose son verre bruyamment.

Lerouge

– Les livraisons reprendront quand ton baron aura supprimé son péage !

Fayot (douceureux, mâchonnant sa tourte, s’asseyant)

– On pourrait peut-être s’asseoir tranquillement à la table des négochiachions?

Furieux, Lerouge se lève. Il saisit son arc et ses flèches et se dirige vers la porte de la chaumière devant Fayot interloqué.

Lerouge (se figeant sur le pas de la porte)

– Un Lerouge ne négocie pas, il monte au combat ! Que Monstrolet abolisse le servage…! Enfin le péage… ! C’est mon dernier mot !

(levant le poing)

A bas la tyrannie seigneuriale !

Il sort en claquant la porte. Enguerrand s’approche de la table et va pour prendre le reste de tourte dans l’assiette de Fayot qui, plus rapide, le devance et l’engouffre d’une bouchée.

 Fayot (la bouche pleine)

– Hum, elle est délichieuse….

(à Monique)

Il faudra que vous donniez la recette à ma femme !

 

SEQUENCE 4/Atelier Cuné/Int- soir.

La mine maussade, Cunégonde prépare une potion. Albert entre en chantonnant sur l’air de « Mon légionnaire ».

Albert (s’approchant de Cuné)

– Il était beau, il était blond,

il sentait bon le foin à chevaux,

Mon condottiere…

En chantonnant, il virevolte autour de sa soeur tout en lissant son pourpoint aux couleurs vives.

Albert (souriant de toutes ses dents)

– Alors, qu’est ce que t’en penses ?

 Cuné (ne levant pas la tête)

– De quoi ?

Albert joue nerveusement avec un alambic rempli de liquide rouge.

Albert

– De mon string à paillettes !

Relevant les yeux, Cuné le regarde interloquée.

Albert (énervé)

– Mais non, bécasse, de mon nouveau pourpoint !

  (prenant une pose)

C’est ma dernière création !

Dans un grand geste, Albert renverse malencontreusement un alambic qui explose au sol. Le liquide rouge tâche tout le bas du pourpoint flambant neuf.

Albert (énervé, montrant son pourpoint)

– Pestouille ! Mais fais quelque chose !

Cuné prend un chiffon et essuie le pourpoint maladroitement en élargissant la tâche.

Cuné (palpant Albert)

– Dis donc, il ne baille pas un peu ton pourpoint ? Mon pauvre frère, il ne te reste plus que la peau sur les os !

Elle se relève et observe Albert.

Cuné (l’air préoccupé)

– D’ailleurs, tu as la mine cireuse !

 Affolé, Albert se précipite vers un alambic qui reflète son image déformée à travers un liquide vert.

 Albert (en regardant son reflet changeant)

– Comment ça je suis trop maigre ? Pour le coup, c’est vrai que j’ai le teint olivâtre…

Et dire que j’ai un rendez-vous galant dans une semaine, moi…! Mon beau soldat m’a quitté en Prince Vaillant et il va me retrouver en Don Quichotte !

Albert dévisage sa soeur.

Albert

– Oh ! Mais c’est que toi aussi tu es bien pâlotte !

 Cuné (tristement)

– Ça doit être parce que je n’ai pas de nouvelles de mon Juste…

 Albert (lui prenant la main).

– Tu sais comment ils sont ces marauds…

Excitants, je te l’accorde… Mais toujours par monts et par vaux…

Cuné (fronçant les sourcils)

– Juste n’est pas un maraud ! C’est un… justicier !

Albert (la prenant par les épaules)

– Ne t’inquiète pas soeurette, il te reviendra ton sauvageon…!

Cuné soupire et reprend son travail.

 Albert (lui embrassant le front et montrant les alambics)

– Et puis, avec toutes tes expérimentations, tu vas bien finir par nous inventer le philtre d’amour !

 (se tâtant le corps)

A ton avis, je dois reprendre combien de livres pour être à nouveau désirable ?

 

 SEQUENCE 5/Salle château/Int-Soir.

La famille Monstrolet est installée autour de la grande table pour dîner.

Marie Lerouge débarrasse la soupière et les assiettes. Le chien Cerbère est installé sur son sofa canin, à côté du seigneur.

 Monstrolet (de bonne humeur)

– Alors ma fille, que nous prépares-tu en ce moment ?

Cunégonde (sortant un petit objet de son tablier)

– Heuhh… Un détecteur de menteries, père !

Monstrolet (amusé)

– Hélas, je crains fort que personne içi ne se prête au jeu de la vérité !

Blanche (irritée)

– Pourquoi dites vous ça ? Je serai la première… Je n’ai rien à cacher !

Le détecteur émet un bip, bip…

 Monstrolet (narquois)

– Vous avez perdu !

Blanche se renfrogne. En silence, la famille Monstrolet se toise au moment où Marie vient apporter de nouvelles assiettes.

Monstrolet (insidieusement, à Cuné)

– Tu ne pourrais pas inventer quelque chose pour donner meilleure mine à ton frère ?

Blanche (irritée, à son mari)

– Vous exagérez !

Monstrolet

– Mais regardez-le ! Tout maigre… Tout pâle…

On dirait une endive !

Vexé, Albert quitte la table. En sortant, il croise Marie qui apporte un plat sur lequel est découpé un maigre volatile.

Blanche (sèchement)

– Vous êtes trop dur avec notre fils !

Monstrolet (salivant)

– Rien de tel qu’un bon pigeon pour vous remettre d’aplomb !

Blanche (sèchement)

– De toute façon, vous préférez votre sale chien à votre propre famille !

Cerbère émet un faible jappement à la vue et à l’odeur du pigeon rôti.

Monstrolet

– Ma chère… Vous êtes ce que j’ai de plus précieux en ce bas monde…

Le détecteur de menteries se met à sonner.

Monstrolet (à Cuné)

– Ramasse-moi ce satané engin !

Après avoir servi tout le monde, Marie dépose une patte dans l’assiette d’Albert.

Monstrolet (à Cerbère)

– Je compte jusqu’à trois et si mon dadais de fils n’est pas revenu, je te donne la pa-pate mon chien-chien… ! Trois !

Cunégonde (outrée)

– Papa !!!

Cerbère émet un nouveau jappement. Monstrolet prend l’assiette d’Albert et le donne à son chien. Marie s’apprête à repartir

Blanche (furieuse, à Marie)

– Marie, tu te moques de moi ou quoi…! J’avais dit un repas copieux… ! File me chercher Berthe !

Marie (à Blanche)

– Je peux pas madame, je peux pas vous la chercher !

Blanche (à Marie)

– Et pourquoi donc ?

Marie (à Blanche)

– Parce que vous allez lui faire la roue… ! Et, après, Berthe, elle sera morte !

Marie s’enfuit dans la cuisine en pleurant.

Monstrolet (ironique à Blanche)

– Vous êtes trop dure avec nos gens de cuisine!

Comblé, Cerbère termine sa patte de pigeon à la grande satisfaction de son maître devant le regard réprobateur des deux femmes.

 

SEQUENCE 6/Salle château/Int-soir.

Monstrolet caresse son chien confortablement installé dans son sofa canin, réplique exacte du sofa seigneurial.

Monstrolet (tendrement)

– C’est toi que j’aurais dû avoir comme fils !

On frappe à la porte. Fayot est annoncé par deux gardes qui continuent à lui barrer le passage.

Fayot (d’une petite voix, tordant son bonnet dans ses mains)

– C’est Fayot, Monseigneur !

Monstrolet (hurlant, aux gardes)

– Imbéciles, laissez-le rentrer !

Les deux gardes emmèlent leurs lances. Fayot parvient difficilement à passer par en dessous et s’arrête à une grande distance du baron.

Monstrolet jette un regard enamouré à son chien.

Monstrolet (à Fayot, d’un geste de la main)

– Avance Fayot, avance…

Fayot s’exécute et avance de quelques pas.

Monstrolet

– Avance plus près…!

Réticent, Fayot avance doucement.

Monstrolet

– Voilà… C’est ça… Allez, plus près…, plus près encore…

Fayot s’arrête à quelques mètres du seigneur. De plus en plus songeur, Monstrolet regarde son chien.

Monstrolet (sans quitter du regard son chien)

– Recule malheureux…!!!

Interloqué, Fayot regarde Monstrolet et le chien sans bouger.

Monstrolet (regardant Fayot)

– Tu vas reculer, bougre de crétin !!!

Apeuré, Fayot recule brusquement et manque de tomber.

Monstrolet (d’un geste de la main)

– Encore, encore…

Fayot continue de reculer et vient se cogner violemment à la porte d’entrée.

 Monstrolet

– Sors Fayot, sors… Referme la porte brusquement, rentre à nouveau et viens jusqu’à moi !

L’air hébéte, Fayot sort. Monstrolet caresse son chien et le regarde tristement.

La porte s’ouvre sur Fayot qui a du mal à rentrer à cause des gardes qui n’ont rien compris au manège. Il claque la porte et s’avance d’un pas décidé. Au milieu de la pièce, Monstrolet l’arrête.

Monstrolet

– Stop !!!

Fayot se fige sur un pied.

 Monstrolet

– Tape du pied, Fayot !

Fayot tape du pied.

 Monstrolet

– Plus fort, plus fort !!!

Saute, saute ! Mais saute Fayot…

Saute, Nom de Dieu !!!

Fayot saute sur place à plusieurs reprises.

 Monstrolet

– Bon maintenant, avance vers moi et crie moi-dessus !!!

 Fayot (scandalisé)

– Je ne peux faire ça, Monseigneur !

 Monstrolet (regardant son chien)

– Fais ce que je te dis ! C’est un ordre !

Prenant une grande respiration, Fayot s’avance vers Monstrolet jusqu’à se retrouver nez à nez avec lui.

Fayot (hurlant)

– MONSTROLLEEETTTTT !!!!

Monstrolet et Fayot se regardent, les yeux dans les yeux.

Monstrolet (très doucement)

– Tu ne remarques rien Fayot ?

Fayot (encore plus doucement)

– Rien Monseigneur… Rien, rien du tout…

Monstrolet (désespéré, tout bas)

– Il n’aboie plus, imbécile…

(en hurlant)

Mon Cerbère n’aboie plus !

Restés nez à nez, les deux hommes regardent le chien qui s’est endormi.

 Monstrolet (menaçant)

– Fayot, faut que tu me trouve quelque chose pour le faire aboyer… Sinon…

Fayot (timidement)

– … Le bâton… ?

Monstrolet (tout bas)

– … Non… Non, pas le bâton Fayot…

 (souriant cruellement)

Le fouet à clous !

SEQUENCE 7/Salle Château/Int-Soir.   

A quatre pattes devant son chien, Monstrolet aboie. Debout avec son luth, le bouffon regarde le seigneur s’agiter devant Cerbère. Assises autour de la table, Blanche et Cunégonde discutent comme si de rien n’était.

 Monstrolet

– Ouaff, ouaff, ouaff !!!

Cerbère ne manifeste aucune réaction.

Monstrolet (au bouffon)

– Bouffon, tu pourrais m’aider au lieu de me regarder avec ton air de chien battu !

Le Bouffon (se frappant le crâne)

– Je réfléchis, moi, Monseigneur !

Monstrolet (se relevant)

– Bon allez, aux grands maux, les grands remèdes…!

Exceptionnellement, je t’autorise à chanter !

Ça peut peut-être déclencher quelque chose !

Le Bouffon (saisissant son Luth)

– Je vais intituler cette chanson…

(l’air inspiré)

« Aboie, mon chien, aboie ! »

Tandis que tout le monde dans la pièce se bouche immédiatement les oreilles, le Bouffon entame sa chanson.

Le Bouffon (de sa voix de crécelle)

– Cerbère, gardien des enfers,

pourquoi as-tu perdu la voix ?

Aboie mon chien, aboie…

Ouahh, ouahh, ouahh…

Sinon ton maître pleurera misère…

… Aboie mon chien, aboie Cerbère…

 Blanche (se levant)

– Cette rengaine est insoutenable… !

Je préfère encore quand il essaie de nous faire rire !

Cunégonde (lui emboîtant le pas)

– Là, maman, tu exagères !

Les deux femmes se dirigent vers leurs appartements.

Monstrolet (à sa fille, désignant son chien)

– Sois gentille ma fille ! Je t’en supplie, prépare lui une petite potion !

 

SEQUENCE 8/Chambre château/Int-Nuit.  

La porte grince. Fayot et Enguerrand vêtus de collants et de justaucorps noirs entrent dans la chambre avec précaution. Leurs têtes sont recouvertes d’un bas noir qui déforment leurs visages. Enguerrand fait tomber malencontreusement un objet. Dans son lit, le seigneur émet un borborygme. Fayot se dirige vers le bout du lit où dort Cerbère.

Fayot (chuchotant)

– Par là !

 Fayot et son fils s’agenouillent près du chien. Le lit s’enfonce sous leur poids.

Blanche (rêvant)

– Oh oui là…. Oui, oui, oui !!!

Dans le dos de son père, Enguerand se penche sur Blanche et commence à lui palper les seins. Fayot approche sa main de la gueule de Cerbère. Celui-ci la saisit et le mord.

Fayot (essayant de contenir sa douleur)

– Aïe…! Maudit cabot !!!

Enguerrand sursaute et déséquilibre le lit. Le seigneur se redresse et aperçoit les deux silhouettes. Il saisit le casse-tête accroché au dessus de son lit et en menace les intrus.

Monstrolet

– Arrière tétards géants…!!! Ou je vous escrabouille !!!

Blanche (continuant à rêver)

– Ouh ! Chéri, non pas ça…!

Oh oui… Comme ça !!!

Enguerrand essaie sans succès de retirer le bas qui recouvre son visage.

Fayot (tout doucement)

– C’est nous, Messire.

Fayot parvient enfin à retirer le bas d’Enguerrand et le gifle.

Monstrolet (furieux)

– Qu’est ce que tu fais là, bougre de crétin ?

Fayot (craintif)

– J’espérais qu’en faisant peur à Cerbère, ça le ferait aboyer…

Monstrolet les rejoint au bout du lit et caresse Cerbère.

Monstrolet (doucement)

– Imbécile ! Regarde ce que tu as fait. Tu as réveillé mon chien.

 (à Cerbère)

Ce n’est rien mon Cécer… Rendors-toi.

Toujours endormie, Blanche se redresse et tire Fayot par le cou.

Blanche (passionnée)

– Viens par là mon grand cochon sauvage !!!

Enguerrand rit bruyamment. Fayot tente de se dégager et émet des sons étranglés. Monstrolet se lève et tire Fayot par les jambes.

Monstrolet

– Touche pas à la femme Blanche, Maraud !

Monstrolet tombe à la renverse entraînant Fayot dans sa chute. Enguerrand rit de plus belle tandis que Blanche se rendort.

 

SEQUENCE 8/Salle château/Int-Jour.

Albert et Blanche se font face autour de la table dressée pour le déjeuner. Le couvert est dressé pour quatre. Dans les assiettes : un navet, deux carottes ratatinées et une tranche de mortadelle pas très fraîche. Albert regarde la tranche de mortadelle puis la soulève avec circonspection.

Albert

– Encore quelques jours à ce régime et je peux devenir mannequin-vedette chez Anodine Alala !

 Blanche (soupirant)

– Les privations ne me valent rien au teint…

Cuné n’a même plus de quoi préparer mes masques beauté…! Dans quel monde vit-on?

Le bouffon fait son apparition et s’approche de la table.

 Le Bouffon

– Monseigneur ne déjeunera pas. Il préfère rester aux côtés de son Cerbère. J’ai pourtant essayé de le consoler en lui disant que son chien avait juste un chat dans la gorge…

Il sourit à sa pauvre blague. Albert et Blanche lui jettent un regard consterné. L’air satisfait, le bouffon s’asseoit à la place du seigneur et noue une serviette autour de son cou.

 Le Bouffon

– Vous connaissez l’histoire de la princesse et du crapaud ? C’est une princesse avec un bec de lièvre qui ramasse un crapaud sur la route. Elle l’embrasse…

Alors que le bouffon s’apprête à saisir un aliment, Blanche lui plante un couteau entre les doigts.

Blanche (menaçante)

– Bouffon, tu touches à cette carotte et je te jure que tu ne pourras pas jouer du luth de si tôt !

Apeuré, le bouffon retire sa main et reprend son histoire.

Le Bouffon

– … le crapaud se transforme en beau prince…

Blanche lui arrache la serviette et le chasse en le frappant avec.

Blanche (au comble de l’exaspération)

– Déguerpis bouffon de malheur !!!

 Le bouffon s’enfuit en tentant de subtiliser la tranche de mortadelle dans l’assiette de Cuné qui n’est toujours pas là.

Le Bouffon (continuant son histoire)

– La princesse dit au prince : « Oh beau Prince,

embrasse-moi »…

Blanche lui jette sa timbale à la tête du bouffon qui l’évite de peu. L’ustensile vient rebondir aux pieds de Cuné qui fait son entrée dans la salle.

Le Bouffon (affolé)

– Le prince lui répond : « J’embrasse pas les crapauds ».

Le bouffon disparait vers la cuisine. Cuné ramasse la timbale puis, impavide, regarde sa mère et son frère.

 Blanche (calmée)

– Tu viens manger ma chérie ?

Sans la regarder, Cuné se dirige vers la cuisine.

Cuné

– Non, merci. De toute façon, je ne pourrais rien avaler… !

Blanche (à Albert)

– Cette petite n’a pas l’air dans son assiette…

Cuné à peine disparue vers la cuisine, Blanche et Albert se jettent sur les assiettes des convives manquants et en versent le maigre contenu dans les leurs.

Albert (consterné)

– Bon appétit maman !

Blanche (austère)

– Dans quel monde vit-on ?

Seul le bruit lugubre des couverts raclant les assiettes se fait entendre.

 

SEQUENCE 11/Chambre Château/Int-Jour.

Le seigneur est assis au bout de son lit, la tête de son chien installée sur ses genoux. Il le caresse.

Monstrolet (mélancolique)

– Ah, mon Cécer, mon Béber, mon chien chien… Que deviendrais-je sans toi ?

(souriant)

Tu te souviens de notre première rencontre…Tu tenais dans ta gueule une tourterelle éventrée… Je t’ai tout de suite aimé !

Il retape le coussin du chien qui soulève une paupière. Le seigneur rit, attendri.

Monstrolet

Et le manant. T’en souviens tu… ?

Tu voulais l’égorger ! Quel jeune chien fol tu étais ! Heureusement que je suis intervenu…!

Monstrolet lui tapote le flanc.

Monstrolet

– … tu lui avais déjà arraché la panse !

Monstrolet rit. Le chien remue la queue.

Monstrolet (ému)

– Comme tout ça me semble loin…

Et voilà qu’aujourd’hui, tu ne me parles plus…

En provenance de l’extérieur, une musique discordante se fait entendre. Le seigneur se dirige vers la fenêtre, l’ouvre et crie.

 Monstrolet (criant)

– Bouffon, cesse immédiatement ce tapage ou je te fais écarteler sur le champ !!!

On entend une fausse note, puis à nouveau le silence. Le seigneur retourne enlacer son chien qui s’est endormi en ronflant. La porte s’ouvre sur Blanche.

Blanche (furieuse)

– Bertrand ! Ça ne peut plus durer ! Votre famille dépérit et vous passez votre temps à dorloter ce sac à puces !

Monstrolet (menaçant)

– Retirez tout de suite cette vilénie, Blanche !

(à son chien endormi)

N’écoute pas cette ribaude, mon chien…

Blanche (sévère)

– Les serfs ne livrent plus le château. Il n’y a plus rien en cuisine !

Monstrolet (ironique)

– Vous n’êtes donc plus au régime, ma mie ?

Blanche (le fixant avec dureté)

– Il faut agir, et vite, sinon vous ferez ceinture vous aussi… et jusque dans votre couche… ! Je vous aurai prévenu !

 Monstrolet (souriant)

– Vous avez retrouvé la clé de votre ceinture, cher amour ?

 D’un geste rageur, Blanche jette son hennin sur le sol.

Blanche (blême de rage)

– Grossier personnage ! Faites quelque chose où c’est moi qui m’en charge !

 Monstrolet

– Des menaces à présent ! Par pitié, n’en faites rien ! Je vais prendre des mesures !

Détournant le regard vers son chien, Monstrolet congédie Blanche d’un geste de la main et de l’autre caresse Cerbère.

Monstrolet (à Cerbère endormi)

– Si seulement c’était elle qui pouvait perdre la voix !

 

SEQUENCE 11/Salle château/Int-Jour.

Le seigneur est assis sur son trône. Il caresse la tête de Cerbère installé à ses côtés sur la réplique miniature du siège seigneurial.

Monstrolet

– Mais oui, il était beau le chien à son seigneur !

Fayot passe la porte en courbant la tête. Il s’arrête à un pas du seigneur et enlève son bonnet. Monstrolet pose son nez contre le museau de son chien.

 Monstrolet

– Qu’il avait un beau pelage soyeux, mon pépère…

Fayot (mielleux)

– Ça, c’est pure vérité, Messire… !

Rarement canidé a eu poil plus lustré !

Monstrolet (levant la tête)

– Que fais-tu là, Vilain ?

Fayot (baissant les yeux)

– Vous m’avait fait quérir, Messire.

Monstrolet (se grattant la tête)

– Ah oui ! Cerbère me fait tellement souci que j’en perds la mémoire…!

 Fayot

– C’est bien normal, mon Baron. Quelle tristesse en effet de voir ce pauvre chien devenir loque.

Monstrolet (l’interrompant d’un geste menaçant de la main)

– Surveille ton langage, Fayot. D’accord, Cerbère est un peu fatigué en ce moment mais il a encore la force de t’arracher la langue… ! Mes gens m’informent que nous sommes au bord de la famine. Les serfs ne livrent plus parait-il ? Pourquoi ne m’en as-tu pas averti ?

 Fayot tord son bonnet entre ses mains.

 Fayot

– Les serfs sont en grève, Messire. Ces racailles refusent de s’acquitter du péage. Et cet enragé de Lerouge parle même de grande Jacquerie !

Monstrolet

– Ces arriérés ne savent-ils pas que tout fief moderne doit avoir son péage ? Le Comte de La Mistoufle en a un lui… Le seigneur de Villetouze aussi…

Ils sont pourtant bien aimés de leur peuple !

 Fayot

– Oh, mais votre popularité reste grande, Messire… C’est juste que ce Lerouge…

Monstrolet tire une dague de son pourpoint. Apeuré, le vilain recule d’un pas. Le seigneur entreprend de se curer les ongles avec la dague.

Monstrolet (avec un sourire cruel)

– Il est vrai que tous ces seigneurs sont mieux entourés que je ne le suis. Fayot, tu es la calamité des régisseurs !

Fayot (hésitant)

– Mon Baron, je ..

Le seigneur se lève brusquement. Les genoux de Fayot s’entrechoquent de peur.

Monstrolet (furieux)

– Tu m’échauffes, vilain. Tu m’emmerdes ! Tu n’es qu’un incapable Fayot. Même pas fichu de faire aboyer mon chien.

 (hurlant)

Gardes, jetez ça hors de ma vue ! Ce fâcheux fatigue mon Cerbère !

Les deux gardes asynchrones entrent dans la salle. Monstrolet lance sa dague en direction de Fayot qui a pris la fuite vers la cuisine. La dague vient atterrir sous les pieds d’un des gardes qui glisse et entraine son alter ego dans sa chute.

 

SEQUENCE 12/Insert « Avis à la populace »  

Sur un panneau d’affichage public, un placard est accollé.

« Avis à la populace !

Quiconque fera aboyer Cerbère, le chien seigneurial,

Se verra attribuer le poste de régisseur

En lieu et place du sieur Fayot.

Signé : La Baronnie de Monstrolet. »

 

SEQUENCE 13/Chaumière Lerouge/Int-Soir.

Monique s’agite dans le coin cuisine. Guy et Juste Lerouge sont attablés devant une multitude de plats. Les deux hommes mangent avec leurs mains. Entre deux bouchées, Guy Lerouge boit de larges rasades de vin et se ressert.

Lerouge (déjà passablement ivre, chantant façon supporter de foot)

– Fayot, Fayot… Fayot, Fayot… !!!

Juste (imitant le chien)

– Ouaff… Ouaff !

Monique (à la cantonnade)

– Laissez donc quelque chose à Marie !

C’est pas au château qu’on va nous la nourrir !

Juste (à Monique)

– Ne t’inquiète pas maman ! Y’en aura pour tout le monde !

  (à Lerouge)

Tu crois qu’il va tenir combien de temps Fayot ?

 Lerouge (se resservant du vin)

– Il est cuit le Fayot ! Cuit, cuit, archi-cuit… !!!

Et Monstrolet ne trouvera personne pour le remplacer !

Juste (entre deux bouchées)

– Et si c’était quelqu’un de pire qui devenait régisseur ?

 Lerouge (se resservant du vin)

– Pire que Fayot ! Impossible !

Depuis l’extérieur, le chant de l’internationale serf se fait entendre.

Chanteur (en off)

– C’est la lutte finale

Serfs, donnons nous la main…

Lerouge (se levant, à Juste)

– Lève toi !

 Lerouge et Juste (chantant avec le chanteur off)

– Fi du droit royal

Le serf sera vilain !

Apparaît alors en chantant Marciou qui tient dans ses mains un gros jambon. Il s’arrête de chanter.

Marciou (essoufflé)

– Tiens camarade, je t’ai apporté un beau jambon. Je l’ai piqué sur une chariotte du château bloquée à la frontière du comté par nos barrages.

Marciou pose le jambon sur la table.

Lerouge (à Monique)

– Moumoune, t’as bien une assiette et une timbale pour Marciou ?

Monique (s’affairant)

– J’ai toujours ce qu’il faut pour les camarades!

Monique dépose assiette et timbale devant Marciou. Lerouge lui sert du vin. Marciou boit cul sec et se ressert sans cérémonie.

Lerouge (à Marciou)

– Alors, comment ça se passe chez nos voisins?

Marciou (se servant une belle cuisse de poulet)

– Le mouvement gagne Lerouge ! Encore quelques jours et tous les seigneurs de la région n’auront plus que la peau sur les os ! Et Fayot, quelles nouvelles ?

Lerouge (resservant les verres)

– Il chauffe du bonnet le Fayot…! Il est cuit,

archi-cuit…!!! Je m’en vais lui piquer sa place !

Marciou (surpris)

– Toi !!! A la place de Fayot ?

Lerouge (s’emportant)

– Et pourquoi pas ?

A mon tour de le faire bosser le Fayot !!!

Un peu inquiets, Marciou et Juste regardent Lerouge en silence.

Lerouge (avec de grands gestes)

– Je vais en faire de la purée de Fayot !

On va se la couler douce… !

On sera gras, on s’en mettra jusque là !

(se levant en titubant)

On va tous les faire trimer ces fayots, croyez-moi !!! A la trique, on va les exploiter !!!

Pourquoi vous me regardez comme ça !

Marciou et Juste ont cessé de manger. Ils l’écoutent sans oser intervenir.

Dans le dos de Lerouge, Monique fait de grands signes pour leur faire comprendre que son mari est fin saoul. Elle s’approche de Lerouge et l’entraîne tendrement vers la chambre.

 Monique

– Arrête de mouliner, tu nous fatigues…! Allez, viens, on va se coucher !

 

SEQUENCE 14/Atelier Cuné/Int- Nuit.

Tout habillée, Cuné dort dans son lit. L’atelier est éclairé par la lune. Une ombre au bout d’une corde se projette sur le mur. Dans un grand bruit, une silhouette vient s’écraser par terre sur la descente de lit faite d’une dépouille d’ours.

La silhouette (Juste)

– Rhhaaa!

Cuné se redresse et allume une sorte de lampe à huile de sa confection. Par réflexe, elle serre son oreiller contre son ventre et brandit une paire de ciseaux qu’elle saisit sur la table de chevet.

 Cuné (d’une voix chevrotante)

– Je vous préviens, je n’hésiterai pas à vous crever les yeux !

Recouverte de la peau d’ours, la silhouette se redresse. Cuné brandit la lampe et pousse un cri d’horreur.

 Juste

– Cuné, c’est moi Juste ! C’est juste moi !

Cuné met la lampe sous le nez de Juste, l’examine et repose les objets sur la table de nuit. Elle attire Juste par le cou. Ils s’effondrent sur le lit.

Cuné

– Ah mon Juste ! Je suis tellement heureuse !

S’emmêlant dans la descente de lit, Juste suffoque. Prenant les râles de son amant pour de l’engouement, Cuné le serre encore plus fort. S’agitant en tout sens pour se dégager, Juste projette Cuné en arrière et parvient enfin à se débarrasser de la peau d’ours.

Juste (essouflé)

– Je t’ai attendue à la cabane toute la nuit ! Qu’est-ce que t’as fichu ?

Cuné (étonnée)

– Comment ça tu m’as attendue ? Nous n’avions pas rendez-vous !

Juste (inquiet)

– Quoi… ! Tu n’as pas reçu mon message ?

Cuné (sceptique)

– Un message…?

Juste (haussant les épaules)

– Oui, un message… ! Un billet contenant une information si tu préfères… Je te l’ai envoyé par pigeon voyageur !

 Cuné (interloquée)

– Par pigeon…?

 Juste (mimant le vol d’un oiseau)

– Oui, un volatile de la famille des Colombins !

Cuné (se mettant debout sur le lit)

– Je sais parfaitement ce qu’est un pigeon.

D’ailleurs, on en a mangé un hier soir à dîner. Enfin… Quand je dis « on », c’est surtout mon père et son chien !

Juste (dégoûté se relevant)

– Quoi, ton père et son Cebère ont mangé Zéphyrin ! Mais c’est horrible !

Cuné (en colère)

– Mais qu’est ce que c’est que ces sornettes à la fin ! Tu ne me donnes pas de nouvelles, je me ronge le foie… Et tout ce que tu trouves à me dire c’est que mon père est un monstre parce qu’il mange du pigeon !!!

Juste tente de la reprendre dans ses bras.

Juste

– Calme-toi, ma colombe… !

Cuné (le repoussant)

– Voilà maintenant que tu obsessionnalise sur les volatiles… ! Mon frère a bien raison… On ne peut pas faire confiance aux oiseaux de ton espèce…!

Juste (déconcerté)

– Bon, je vois que tu t’es réveillée du mauvais pied !

Cuné (avec dureté)

– Au contraire, je crois que je n’ai jamais été aussi éveillée. Tu débarques comme ça en pleine nuit et tu me raconte des histoires à dormir debout ! C’est fini, terminé… !!!

Tu ne m’auras plus avec tes fariboles… !

Elle prend l’oreiller et tente de le frapper. Juste recule et saisit la corde qui pend à la fenêtre.

Juste (conciliant)

– Ecoute Cuné…

Cuné (intransigeante)

– Tais toi !!!

Juste (disparaissant dans le vide)

– Je reviendrai quand tu seras en état de …

Cuné se précipite à la fenêtre avec une paire de ciseaux.

Cuné (riant nerveusement en coupant la corde)

– Bon vol, mon ange !

Un grand cri et le bruit d’un corps qui tombe dans l’eau retentissent dans la nuit.

 

 SEQUENCE 15/Chaumière Lerouge/Int-Jour.

Assis autour de la table, Lerouge, Monique et Juste prennent leur petit-déjeuner. Lerouge a l’air particulièrement fatigué. Monique lui sert une boisson fumante dans un bol.

 Monique (à Lerouge)

– Tiens, je t’ai préparé une tisane de ma composition pour ton mal de crâne.

Sans un mot, Lerouge commence à boire l’étrange breuvage. En face de lui, Juste éternue.

Monique (à Juste)

– Où t’es allé m’attraper ce méchant rhume ?

Juste (à Monique)

– Je suis en froid avec Cunégonde…

 Lerouge (à Monique, désignant son bol)

– Pas très efficace ton machin…! Pas très fameux non plus !

Juste (à Lerouge, en confidence)

– Je sais pourquoi Cerbère n’aboie plus !

Lerouge (à Juste, en se marrant)

– Ouaff, ouaff !!!

Fayot suivi d’Enguerrand font irruption dans la chaumière.

Juste (à Lerouge, en aparté)

– Si, si… Pour Cebère, j’ai compris où il y a un os !

Fayot (brutalement, à Lerouge)

– Il faut que tu m’aides Lerouge !

Lerouge (sur le même air, façon supporter de foot)

– Fayot, Fayot…, Fayot, Fayot !

Juste (faisant les coeurs)

– Ohhhh, ohhh !

Lerouge (redevenant sérieux, à Fayot)

– Tu pourrais frapper avant d’entrer !

Enguerrand (ricanant doucement, à son père)

– Je te l’avais pourtant dit papa !

Fayot (lui balançant une gifle)

– Bein, tu vois, moi je frappe une fois rentré !

Fayot s’assoie à la table tandis qu’Enguerrand reste derrière lui, à bonne distance, en se frottant la joue.

Fayot (doucereux, à Lerouge)

– Qu’est-ce que tu bois…? Ça sent tout drôle !

Monique pose un bol fumant de tisane devant Fayot.

Monique (à Enguerrand)

– Tu veux un bol de chocolat mon petit ?

Enguerrand (la prenant de haut)

– Pas tant que la grêve ne sera pas arrêtée…! A cause de vous, maman va être passée à la roue !

Fayot regarde son fils durement. Celui-ci baisse les yeux piteusement.

Fayot (à Lerouge)

– Le petit a raison…! Il faut savoir terminer une grêve !

Lerouge

– Elle cessera quand j’aurai pris ta place !

Fayot (outré)

– Quoi, tu serais prêt à trahir ta classe !

Juste (à son père)

– Pour une fois, Fayot a raison !

Fayot (reprenant de l’assurance, à Lerouge)

– Pour une fois, même ton brigand de fils est d’accord avec moi…! Un Lerouge est un Lerouge et un Fayot doit rester un Fayot… ! Sinon, c’est la chienlit… ! Tu comprends ça, Guy ?

 Lerouge

– Je comprends surtout qu’on sait comment lui faire aboyer son chien à Monstre-laid !

Enguerrand (de son air supérieur)

– Monstrolet, pas Monstre-laid !

Fayot fixe sévèrement son fils qui baisse les yeux.

Fayot (à Lerouge)

– Tu me dis comment faire aboyer ce maudit chien et je fais lever le péage !

Enguerrand ricane dans son coin. Lerouge réfléchit et se lève.

Lerouge (à Fayot)

– Marché conclu mais pas d’entourloupes hein !

(fixant Fayot dans les yeux)

Prépare un parchemin contractuel et je te dirai comment faire !

Fayot (se levant en lui tendant la main)

– Tope-là, Lerouge !

Les deux hommes se serrent la main. Fayot tend son bol pour trinquer et boit une gorgée avec une grimace de dégoût.

Fayot (à Monique)

– Cette fois, je ne vous demanderai pas la recette !

 

SEQUENCE 16/Salle château/Int-Jour.

Avachi sur son sofa, le seigneur est triste. Il caresse distraitement la tête de Cerbère, installé à ses côtés. On entend frapper.

Monstrolet (d’un air las)

– Entrez.

Fayot apparait et marche en courbant un peu la tête vers lui.

Monstrolet

– Alors sournois, j’espère que tu m’apportes de bonnes nouvelles ?

Fayot (l’air satisfait)

– Excellentes Messire… ! Je sais comment guérir votre Cerbère !

Monstrolet (méfiant)

– Encore une de tes mauvaises plaisanteries ?

 Fayot (mielleux)

– Que non pas, Messire.

 Monstrolet

– Cette fois, Fayot si tu échoues, je te fais rôtir vivant !

Fayot prend le chien à bras le corps contre sa poitrine et effectue un demi-tour sur lui-même pour ne pas être vu du seigneur. Puis il assène une grande bourrade dans le dos du chien. Monstrolet se lève, prêt à intervenir au moment où Cunégonde pénètre dans la salle du château.

 Monstrolet (menaçant)

– Vilain, tu deviens fou ! Ote tout de suite tes sales pattes de mon chien !

Le chien fait « han » et expulse un bout de parchemin enroulé dans une bague de pigeon. Fayot lâche Cerbère qui le regarde en grognant et aboie. Fayot ramasse le message et recule prudemment. Le seigneur se lève et se précipite sur l’animal pour le serrer contre lui.

Monstrolet (exhultant)

– Il aboie…! Tu as entendu Cuné, Cerbère a aboyé !!!

(à Cerbère, en l’embrassant)

Tu aboies ! Tu aboies…!

Je t’aime mon chien, je t’aime !!!

Fayot profite de l’inattention du seigneur pour lire discrètement le message. Cuné se jette sur Fayot et lui arrache le billet des mains. Elle le lit à son tour et se dirige vers l’escalier qui mène à son atelier.

Cuné (toute joyeuse, à elle-même)

– Oh mon Juste, comme j’ai été injuste !

 Monstrolet lâche son chien et s’approche de Fayot.

Monstrolet (gentiment, pour susciter la confidence)

– Alors, Fayot, tu va bien m’avouer ce que tu a fait à mon Cerbère !

Fayot (fier de lui)

– Que messire m’accorde de garder quelques secrets…

Monstrolet (magnanime, se rapprochant)

– Fayot, demande-moi ce que tu veux, je te l’accorderai!

Fayot (hésitant)

– Voilà… J’aimerais que vous supprimiez le péage…

Monstrolet (embrassant Fayot)

– Accordé, Fayot, accordé !

Fayot esquisse un geste de victoire.

Monstrolet (désignant Cerbère)

– Laisse-nous à présent. Nous avons beaucoup de choses à nous dire…

Courbant la tête, Fayot marche à reculons jusque la sortie.

 Monstrolet (interpellant Fayot)

– Ah! Au fait, Fayot…!

Fayot redresse la tête et se fige.

Monstrolet

– A la place du péage, on pourrait peut-être mettre une vignette payante sur les boeufs ?

Fayot (souriant)

– Les boeufs vous appartiennent, Messire…!

On pourrait peut-être envisager de mettre une vignette sur les serfs !

Monstrolet

– Mais les serfs m’appartiennent aussi !

Fayot (énigmatique)

– Pas tout à fait, Monseigneur… Pas tout à fait…

 Monstrolet (le congédiant d’un geste de la main)

– Parfait, parfait ! Fais pour le mieux… !

Moi, j’ai à faire…

Monstrolet tape sur la panse de son chien, l’embrasse et aboie. Pour toute réponse, Cerbère lâche un aboiement poussif.

 

SEQUENCE 17/Atelier Cuné/Int-Soir.

Epilogue sur générique de fin.

Cuné et Juste s’embrassent. Une voix se fait entendre depuis l’escalier.

Blanche (off, excédée)

– Cuné, tu es là ?

Cuné (à Juste)

– Vite disparais, c’est ma mère !

Elle entraîne Juste vers la fenêtre. Il empoigne la corde qui pend à l’extérieur et disparait. La porte s’ouvre sur Blanche qui agite le dernier numéro de « Tiens donc ».

Blanche (d’une voix sèche)

– Tu peux m’expliquer ce que cela signifie ?

(lisant)

« Idylle secrète au fief de Monstrolet.

Une personne digne de foi nous informe que la jeune Cunégonde Monstrolet vit une passion torride avec un hors-la-loi. »

(lui agitant le journal sous le nez)

Il y a même ton portrait, regarde…!

Cuné (jetant un coup d’oeil furtif, d’une voix lasse)

– Maman tu sais bien que ces brûlots à scandales racontent n’importe quoi !

Vêtu d’un pourpoint multicolore, Albert entre dans la pièce.

 Albert (à Cuné)

– Je suis dans tous mes états…!

Plus mon rendez-vous approche, plus j’ai une boule…!

(lui montrant son ventre)

Là…! Tu vois là…!

Tu n’aurais pas une potion calmante ?

Albert se met à côte de sa mère et regarde la couverture du journal.

Albert (saisissant le journal, à Cuné)

– Mais c’est toi ! Tu fais la une de « Tiens donc »

(examinant le portrait)

Mais qu’est ce que c’est que cette tenue ?

Tu aurais tout de même pu poser avec une de mes créations !

En colère, Blanche lui arrache l’enluminure des mains.

Blanche (menaçante)

– Je te préviens Cuné, si je te vois encore dans ce torchon… J’en parle à ton père !

Tournant les talons, Blanche entraîne Albert vers la sortie.

Blanche (en aparté, à Albert)

– Ces échotiers n’ont décidement rien à se mettre sous la dent…! Je ne sais pas moi…

Ils pourraient faire un article sur moi…

Hein, qu’est-ce-que tu en dis ?

Albert (flagorneur)

– Un article n’y suffirait pas, Mère !

D’un geste rageur, Blanche jette l’enluminure par la fenêtre. On entend un corps qui tombe dans l’eau. Cuné se mord les lèvres et pouffe de rire.

FIN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Attention bonheur exigé !

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Réussir sa vie à tout prix ! En être l’instigateur, l’inspirateur, l’acteur principal, le responsable, le gestionnaire… Pour combler son vide existentiel, l’homme occidental nanti et bien portant (soit 5 % de la population mondiale) se cherche dorénavant une spiritualité « à la carte et sur mesure ». A la suite du « New Age » (ou nouvel-âge), courant spirituel occidental initié aux USA au 20 ème siècle, apparaissent de nouvelles croyances, des thérapies alternatives, voire de dérives sectaires qui viennent combler le désert spirituel exacerbé par la société de consommation. Réinterprétant la prédiction d’André Malraux : « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas », le XXIe siècle pourrait bien une période baignant dans des croyances irraisonnées organisées par des groupes de pression financiers, politiques et idéologiques. Qui trouveront là un gisement de nouveaux marchés pour prospérer et asseoir leurs emprises sur le monde.

Les nouvelles croyances

Avançant souvent masquées et d’abord circonscrit à des groupes isolés, ces nouvelles croyances envahissent les blogs d’adolescents en quête d’absolu, s’infiltrent dans les médias, exploitent les solitudes peuplant les centres urbains. Ces nouvelles « pensées magiques » construisent la matrice des esprits faibles qu’elles séduisent et commandent le système neuro-sémantique de ces individus en recherche d’identité… Configurant un nouveau système monde qu’elle colorent de leurs lumières éblouissantes, elles aveuglent ces nouveaux croyants allant jusqu’à leur faire perdre tout discernement.

Alors à qui profite le crime ?

Le bon docteur Sauvy :-)

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Pourquoi cette reprise d’écriture après ce si long silence… l’envie de créer un blog pour accompagner l’apprentissage du métier de « praticien narratif »…

J’ai eu cette idée avant l’été à l’occasion d’une rencontre d’une coach narrative qui a accepté de me servir de « superviseur ». Grâce à elle, j’ai pu facilement identifier la formation dt elle est elle même issue et qui m’a permis  de me donner le cadre conceptuel pour pouvoir rapidement me lancer dans une pratique avec des « cobayes » amis dans un premier temps.

Le projet fait sens puisqu’il est à la croisée de plusieurs chemins empruntés dans ma vie : l’analyse bien sûr (plus de 20 ans de divan), les groupes de paroles et les relations d’aide à l’oeuvre au sein des différentes « fraternités » fréquentées et les différentes formes d’écriture auxquelles je me suis intéressé : journal, roman, nouvelle, scénario, web-portrait, web-séries et Séries TV, etc…  il faut sûrement y ajouter la pratique courante de journaliste/rédacteur qui a le mérite de continuer à m’exercer au maniement des mots et de continuer à faire des gammes.

Après la tentative avortée (refus de financement) de formation d’art thérapie il y a quelques années, le fruit est désormais mûr, les planètes alignées pour que je me lance dans cette nouvelle aventure qui va de pair avec mon récent changement de vie !!!

Amour 3.0 : La nouvelle carte du tendre du monde amoureux (projet web-doc)

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« Aimer c’est offrir ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »

(Jacques Lacan)

 

Le pitch

Quels sont les bienfaits et les méfaits de l’amour numérique ?

Les rencontres sur Internet sont-ils en train de changer la réalité du paysage amoureux  et redessiner une nouvelle carte du tendre ?

Comment les émotions générées par les rencontres virtuelles impactent notre vie réelle ?

Chine, Japon, USA, Europe… Récits à la première personne, journaux intimes multimédias, 6 internautes racontent de l’intérieur l’expérience vécue sur des sites de rencontres.

Femmes, hommes, mariés, séparés ou célibataires… ils racontent au jour le jour leur quête amoureuse.

Présentation

Avec l’avènement de l’individualisme et la disparition des valeurs et des idéologies, le sens de notre vie dépend désormais du bonheur que nous éprouvons.

Un constat sur la sursexualisation de notre époque, société de solitaires notamment dans les centres urbains, société adolescente où règnent en maître le zapping, la consommation et le marketing, l’éloge de la rapidité (tout, tout de suite !)

Gleeden (pour les relations extra conjugales), Attractive World (rencontres pour célibataires exigeants), adoptunmec.com (rencontres sexuelles rapides)… Nouveau phénomène de société, ces sites de rencontres virtuelles rencontrent un vrai succès en France…. ces outils de rencontres :

Le questionnement sur ces outils de rencontres :

Stratégies de business, modèles économiques, trucs et astuces (désabonnement difficile, les fiches fantômes pour faire du volume, etc…)

Composition sociologique : homogénéité des communautés, les typologies de profils

Analyse du discours : repères des mots clés, de la présence de modèles dominants

les pour : facilitateur de rencontres, comment l’outil permet de faire un travail sur soi (présentation, expression de l’intime, introspection, etc)

les contre : miroir des illusions, marchandisation, frénésie des rythmes en opposition à ceux naturels de la vraie vie

Les intentions de réalisation

Marketing de soi : comme je me présente au regard de l’autre (mensonges conscients ou par omission… le moi virtuel, un avatar de soi ?

Choix du pseudo, renseignements de la fiche signalétique, utilisation des photos légendées ou non, mise en scène de soi (reportage néo Géo), les uptdates (AW) pour signaler son humeur du moment et se faire remarquer,

Les incroyables histoires de chacun, le rapport à l’outil (fréquence et durée d’utilisation, addiction, etc…)

La diversité des profils : La veuve joyeuse, la business woman japonaise qui prend l’avion comme d’autres prennent le métro, la pro de la rencontre (proche d’une membre fondateur blasée et dépressive, la névrosée obsessionnelle qui ne sait pas ce qu’elle cherche en dépit de ce qu’elle dit, etc…)

La chronologie

 Avant :

Choix et sélection des différents mode de communication : messages via sites, mail privés, sms, tel voix…

La durée des échanges : effeuillage progressif (séduction) ou efficacité vers la rencontre, correspondance au long cours ou échanges brefs et factuels

Les stratégies de séduction virtuelle : valorisation de son profil, richesse ostentatoire, humour, virtuosité du langage écrit, originalité des messages, photo montage

Pendant  :

La première rencontre réelle

La clôture du RV : le râteau ? L’envie de se revoir ? Comment sont-ils exprimés… avec quel langage corporel ?

Après :

La dimension addictive : la consommation, l’illusion de l’hyper-puissance, quel sevrage ?

 

 

 

 

Lettre à ma mère.

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Mourir… Voilà.. Ma mère est morte… La vie s’en était donc allée comme elle était venue.

A la tristesse se mêle une forme de soulagement. Depuis de nombreuses années, la maladie d’Alzheimer m’avait enlevée ma mère. La mort me la rend aujourd’hui. A nouveau, je peux lui parler. A nouveau, je peux lui dire lui dire et lui écrire combien je l’ai aimée, combien je l’aime encore. Avec les tourments de la passion d’un fils qui aime sa mère et la déteste aussi. Amour, haine… l’endroit, l’envers d’une même médaille… J’ai failli y laisser ma peau mais j’ai pu accepter de faire face à ces sentiments si violents dans leur ambivalence. Au cours de ma construction lente et tardive d’adulte responsable, j’ai pu apprendre à faire le tri, accepter, pardonner, comprendre. Comprendre à quel point elle aussi avait du batailler avec elle-même, avec les autres.

Dans une sorte de mélopée lancinante – douloureuse à entendre -, elle appelait souvent sa maman. A quelques minutes de sa mort, elle l’appelait encore. Cet appel portait la trace d’une blessure profonde, celle du petit enfant n’ayant pas reçu assez d’amour de ses parents qui ont fait ce qu’ils ont pu mais n’ont pas forcément pu beaucoup. Sa mère Blanche, ouvrière coupeuse de chaussure qui l’avait confiée à ses grands parents pendant plusieurs années. Son père Eugène qui préféra Georges, le frère cadet et le fils qu’il aurait peut-être aimé qu’elle soit. Simone eut sans doute du mal à trouver sa place dans cette famille à l’esprit étroit qui ne sut pas répondre à ses aspirations pour la musique ou les études. Au sortir de l’enfance, chacun porte des valises plus ou moins lourdes. Celles de maman n’étaient pas légères. Elle s’alourdirent un peu plus avec la guerre. Et la perte de cette amie juive, sa meilleure amie cachée dans le petit studio parisien, retrouvée par les allemands puis jamais revenue de camps de concentration.

Ensuite il y eut toute une vie, toute sa vie : la rencontre avec mon père, l’Afrique, ma naissance, les différents épisodes de notre petite famille singulière, l’arrivée insidieuse de la maladie, le sacerdoce de mon père omniprésent à ses côtés jusqu’au dernier jour, les passages dans des différents établissements soi-disant spécialisés mais sans humanité, le refuge trouvé enfin à Claire Demeure.

Comment la décrire ? Peut-être avant tout parler de sa singularité, de ce caractère entier, intransigeant, trempé dans un métal en fusion, de sa vie intellectuelle intense, de ses multiples incursions dans des domaines variées : le trotskysme, la pédagogie, la sémantique générale, la macrobiotique, la musique, l’ésotérisme. Je rends hommage à cette curiosité pour les choses improbables, à son écriture irréprochable qui m’a donné le goût de la chose écrite et l’amour de notre langue.

Au moment de cet adieu, je ne veux pas taire non plus son caractère impossible, ses sautes d’humeur, ses migraines, la violence des nombreuses gifles infligées à l’enfant difficile que je fus et que ne n’ai pu comprendre qu’en devenant parent à mon tour. Je n’oublie rien non plus du mépris dont elle a fait preuve à l’égard des femmes de ma vie. Bénéfice paradoxal de cette putain de maladie, cette difficulté relationnelle s’estompa dans ses dernières années. Par-delà la communication verbale dont elle n’était plus capable, se fit jour un être doué d’empathie qui aura su se faire aimer. Finalement.

Peut-être trop cruelle, la vérité d’un fils blessé ne saurait cacher l’amour et l’admiration lucide pour le parcours de vie de Simone Sauvy, ma mère à jamais.

Olivier Sauvy – Paris, 15 novembre 2009

 

Lettre à mon père…

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Dimanche 16 mars 2014 à 6 h 15… il s’est éteint… en paix m’a-t-on dit !

Mourir… Voilà… Mon père est mort… 97 ans, il en aurait eu 98 le 29 avril… On en plaisantait… Centenaire, un beau défi… encore une belle et grande aventure…

La veille, je le représentais à la Médiathèque de Meudon pour recevoir un prix gagné pour un concours littéraire organisé à l’occasion du printemps des poètes… Une lettre à… Ibrahim, son ordonnance kabyle qui lui avait sauvé la vie durant la deuxième guerre mondiale… L’adjoint au maire avait eu l’amabilité de dire quelques mots sur Jean, son passé d’explorateur et d’écrivain… Cela sonnait déjà comme un hommage posthume…

Avec J, nous sommes passés ensuite à Claire Demeure, un établissement de soins palliatifs et longue durée à Versailles où était morte ma mère en novembre 2009. Nous songions à l’y transférer pour mieux accompagner sa fin de vie et lui donner plus de confort.

Tout content, je suis revenu dans sa chambre… MJT était là… A voir sa tête, les nouvelles n’étaient pas bonnes… Il ne voulait plus ouvrir les yeux et restait obstinément tourné vers le mur… Rideau… il avait déjà tiré le rideau… Déjà en plein arrangement avec la mort… Je n’ai pas voulu voir, pas voulu y croire.

Il y a quelques jours encore, nous étions dans sa chambre avec ma fille. Alors que je le forçais gentiment mais fermement à manger en lui donnant quelques cuillères de compote avec ses médicaments tout en lui parlant, il m’a regardé, m’a souri… et m’a dit : tu es vraiment têtu !

Facétieux et obstiné comme il savait l’être, il m’aura pris de vitesse… Me laissant avec mes souvenirs.

Nos parties de rugby sur la terrasse de Meudon, notre tour de France en 2 CV à l’âge de 7/8 ans évoqué récemment avec mon cousin Marc… Je me souviens de tant de choses…

… De nos rencontres hebdomadaires aux Deux Magots, dans les nombreux restaurants de la Montagne Sainte-Geneviève ou ailleurs… De nos discussions sur ses projets de livres, sur mes projets, sur la vie, sur nos vies…

Jamais le fil n’avait été rompu… Au cœur même de ma période la plus sombre à New-York, il continuait à m’écrire… Sans faille, il m’a toujours soutenu… Ne cherchant pas à tout comprendre. Toujours là à sa manière pudique de père aimant qui ne m’avait pas voulu mais avait appris à m’aimer…

Dans un de ses sourires malicieux d’enfant curieux de tout, il m’avait dit quelques jours avant sa mort : « Je vis une aventure extraordinaire ». Pour lui, tout était sujet d’étude… Lui, le recordman du nombre de livres parus chez l’Harmattan !

La mort… Il y avait là un sujet de roman ou d’essai… Nous en aurions parlé, il m’aurait demandé mon avis… Il aurait griffonné quelques mots sur son éternel petit carnet… je lui aurais remis son chapeau, On se serait serré la main comme nous le faisions ces derniers temps…

Hier, j’ai senti une infinie douceur… Le temps de quelques secondes… Comme s’il essayait d’apaiser mon chagrin…

Que vais-je faire sans lui ?

Olivier Sauvy – Paris, 18 mars 2014

 

 

 

 

Benjamin (caractérisation d’un personnage)

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Son caractère

Implacable, froid, fragile, morcelé, enjoué, séducteur, brillant… B est capable de s’adapter à tt les situations… Se revendiquant de W Shakespeare qu’il aime à citer, la vie est une comédie dont nous sommes tous les acteurs. Sincère et brillant dans l’expression de ses sentiments lorsqu’il est « en scène », il passe à autre chose une fois le rideau tiré. Impossible de savoir où réside sa « vérité ».

Toujours dans l’immédiateté, il vit intensément chaque instant sans nécessairement les relier les uns aux autres. Personnage pluriel et démultiplié, il profite de chaque situation pour se réinventer. Sans état d’âme et sans cynisme mais toujours à la première personne. Sa quête ? Chercher à vivre des moments intenses pourvu qu’ils « aient de la gueule » et soient racontables. Pour lui, l’essentiel n’est pas ce qui est vécu mais ce qui peut en être raconté et écrit. La vie ne vaut que par le récit qu’il peut en faire. En tout cas c’est ainsi qu’il se propose au regard des autres.

Affabulateur, conteur, comédien, dandy… B donne toujours aux autres – et aux femmes en particulier – ce qu’il croit qu’elles attendent de lui. Doté d’une remarquable capacité de transformation, il devient avec facilité l’homme de toutes les situations.

Toute situation amoureuse l’impliquant est évaluée avec l’œil du metteur en scène et de l’auteur. En surimpression de son regard intérieur, cette « caméra de surveillance » installe B dans une sorte de dédoublement permanent. Et fécond.

Son métier

Auteur, réalisateur… En complément de ses projets personnels, il écrit des séries grand public, tourne des films de commande et réalise des spots publicitaires.

Son rapport à l’argent

Dénonçant facilement les inégalités engendrées par le système capitaliste et pourfendant volontiers les abus du libéralisme, B est plus cigale que fourmi. En année faste, il peut gagner très correctement sa vie. En année creuse, il dépense presque tout autant, vivant très au-dessus de ses moyens… Endetté auprès de nombreux amis, il envie S et sa réussite financière insolente renforcée, qui plus est, par la protection économique de sa femme qui, outre son salaire très élevé, est à la tête d’un patrimoine familial important fraîchement hérité d’un père riche collectionneur d’art.

Son allure.

Jean, chemise et veste noire… Un costume de marque pour des occasions exceptionnelles… B passe partout.

Il n’est pas le genre d’homme qui impressionne par sa beauté. Il ne pourrait pas draguer en boîte de nuit car son charme n’opère que lorsqu’il prend la parole… Sa prestance, son intelligence, la facilité de son expression orale constituent ses armes de séduction massive.

Ses singularités

Atteint de la maladie de Bouveret, il est sujet à des crises de tachycardie (accélération du rythme cardiaque) surgissant à des moments de stress et d’émotion. La crise peut alors s’accompagner de douleurs thoraciques, de malaises ou d’angoisses. Dans son cas, cela se traduit par des attaques de panique pouvant nécessiter l’intervention du SAMU. Jouant de ce handicap qu’il ne contrôle pas mais qu’il assume avec forfanterie, B s’en servira pour se sortir de situations délicates.

Par ailleurs, B est atteint d’une forme de somnambulisme léger. Certaines nuits, il parle dans son sommeil…

Son profil psychologique

Arnaquer = maitrise des sentiments et des émotions… Posture de toute puissance… jouer avec la vérité/mensonge le réel/la fiction. Est-une manière d’alimenter son symptôme et de demeurer sur un terrain connu en fidélité avec le modèle parental. Et/ou est-ce la volonté d’exorciser et de réparer ?

Son fonctionnement s’apparente t-il à une mécanique de défense ?

Recherche-t-il inconsciemment une forme de souffrance pour vérifier son existence ? Son pari fou s’apparente à une performance artistique qu’il va chercher à prolonger à son maximum. Arsène Lupin des coeurs, il fera tout pour ne pas être découvert. Brillant et affable côté face, B peut être aussi sombre et trouble côté pile.

Son enfance

Son territoire d’origine se situe du côté de l’enfance dont il a gardé l’inconscience et le goût immodéré du jeu. Dès sa prime enfance, le mensonge régnait en maître autour de lui. Coureur de jupons invétéré pétri de valeurs libertaires, son père ne cessait de jurer à sa mère qu’elle était l’unique amour de sa vie ! Ironie du sort, l’amour aura été fatal à son père mort d’un infarctus en plein coït.

Très tôt, B a du apprendre à distinguer le vrai du faux.

A l’inverse des mots qui se lestent dans l’écriture du poids de la pérennité, pour lui, les « mots dits » valent pour eux-mêmes. Dans la même matinée, il peut dire « je t’aime » à deux femmes différentes sans avoir l’impression de mentir. Il lui suffit que les choses soient dites pour qu’elles soient.

 Son rapport aux femmes

L’outil virtuel des rencontres en ligne permet à B de rencontrer des femmes qu’il n’aurait jamais eu l’occasion de croiser dans la vraie vie. Cette découverte de territoires inconnus stimule son imaginaire et renforce la nature de son défi. Dans une forme de surenchère incessante, ses prouesses alimentent son récit en le réinventant en permanence. Rapides, faciles et irréelles, ces rencontres féminines ne sont qu’un prétexte de mise en scène, une occasion pour B de s’immerger dans un substrat fictionnel dont il est l’auteur et l’acteur principal. Contrairement aux adeptes du « poly amour » ayant la franchise de révéler l’existence d’autres partenaires, il ne fera jamais état de ses autres relations « amoureuses ».

Soumis avec l’une, dominateur avec l’autre… Il est toujours désireux de répondre aux fantasmes de ces femmes, de leur donner ce qui est attendu.

Et sa quête ne s’arrête pas à la simple conquête…

A part égale, chacune d’entre elle figure un élément de son puzzle identitaire, de sa construction narrative. A elles toutes, dessinent-elle le visage unique de la femme idéale (sa mère ?) ?

Le seul moment où il se décompose serait celui où il atteint son Nirvana psychologique, cet instant où une femme lui avoue ne jamais avoir vécu si intensément.

 

Son rapport avec son meilleur ami

Leurs rencontres dans un café vont ponctuer le récit. C’est là que B se confie. Plus que son confident, Sylvain fait office de premier public avant d’en devenir le commanditaire.

Au fil du récit, leur rapport va évoluer… Et l’ami se transformera en (meilleur) ennemi… Dans une inversion des trajectoires, le dominant (S) va devenir le dominé. Et c’est à ce moment-là en position de faiblesse et de fragilité (épisode 7 et 8) que S redeviendra (presque) « sympathique ».

Dans un jeu subtil de non dit et de double-jeu, B trouvera les clefs pour manipuler S… et lui laisser croire que c’est lui qui prend les décisions.

B va se servir de cette arnaque pour régler ses comptes personnels avec B qui lui avait fait un mauvais coup il y a qq années en l’évinçant d’une série à succès. Tout en lui accordant ici et là des prêts ponctuels d’argent en le prenant de haut…

 

La transformation du personnage

Rendez-vous, ballades, désirs, moments intimes, tensions, ruptures, retrouvailles… B va vivre multiplié par 5 toute la panoplie de l’intensité amoureuse. Amoureux, vraiment amoureux ? Il sait l’être dans l’instant, pas dans la durée ! Peut-être d’ailleurs n’a-t-il encore jamais ressenti la pathologie amoureuse : le manque, l’addiction, la volonté de possessivité, la jalousie, l’obsession de l’autre, etc…

B ira-il au bout de sa folie en ramenant dans le réel cette accumulation d’histoires initiées dans le virtuel. A la manière d’un funambule, il va tenter de rester en équilibre sur ce fil impossible tendu jusqu’aux promesses ultimes : mariages, promesses d’enfant, fiançailles, rencontres avec les beaux-parents, etc…

A partir du moment où il va choisir de mettre le réel au service de la fiction, il va se livrer à une surenchère pour que le réel soit à la démesure de la fiction.

B va-t-il éprouver la réalité du sentiment amoureux ?

Va-t-il perdre sa légèreté en tombant amoureux ?

Va-t-il en fin se réconcilier avec son vrai moi ?

Va-t-il enfin écrire sa grand oeuvre ?

Va-t-il choisir l’oeuvre ou l’amour ou parviendra-t-il à concilier les deux ?

Personnage difracté, parviendra-t-il à se réunir ?

 

 

Émois et moi !

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Descartes fut le premier à établir une cartographie des émotions dans son traité « Les Passions de l’âme » identifiant six émotions* simples : l’admiration, l’amour, la haine, le désir, la joie et la tristesse.

A sa suite, de nombreux scientifiques ont multiplié les recherches pour mieux comprendre… sans pour autant établir un consensus.

Seule certitude : si les émotions se différencient des sentiments, des sensations, chacun d’entre nous peinent à les définir.

La dernière partie du 20ème siècle aura été celle la société du spectacle. Le début du 21ème siècle semble bien marquer l’avènement de la société des émotions. Bombardé d’émotions et de stimuli amplifiées par la caisse de résonnance de la machine médiatique et par l’impact des réseaux sociaux, l’individu doit en permanence s’adapter. Aujourd’hui, ne rien exprimer « émotionnellement » semble de plus en plus difficile. Nous vivons dans un bain émotionnel. « je ressens, donc je suis ».

, je suis, nous sommes Charlie…  🙂

Ubiquité (être partout au même moment), empathie (souffrir avec pour la planète et de ses drames), partage (ma vie privée devient publique) sur les réseaux sociaux où il devient ami de ses amis, envie (quand d’autres se pavanent sur la croisette alors que je suis au bureau, sous pression) … Over-sollicité dans sa vie privée comme dans sa vie professionnelle, l’Homo Modernicus doit savoir gérer ses émotions pour ne pas succomber sous le stress ou pire encore sombrer dans le burn out !

Dans ce monde d’intenses, multiples et rapides métamorphoses comment peut-il (re)trouver sa balance émotionnelle ?

 

 

 

Notes de lecture (sur les pratiques narratives)

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« S’embarquer dans une conversation thérapeutique, c’est comme s’embarquer sans carte pour un voyage vers une nouvelle destination »

 

 Cartes des pratiques narratives – Michael White

 Préface 

Les conversations thérapeutiques favorisées par l’entretien narratif permettent au sujet (dans un mode coopératif) de redevenir auteur d’une histoire dans laquelle ses expériences sont en relation avec ses préférences.

Objectifs : étayer les traces dune « histoire préférée »/mettre à jour des alternatives au récit dominant et invalidant.

Les cartes : des instruments de navigation pour construire des séquences narratives organisées.

 

Introduction 

« Je sais que nous allons entreprendre un périple jusqu’à une destination qui reste à définir en suivant une route que l’on ne peut déterminer à l’avance ».

« Trouver de nouveaux territoires (d’expression), de nouvelles façons de comprendre les évènements de sa vie ».

Conversations externalisantes

Antidote aux interprétations internes.

Opérer la distinction entre identité de la personne et le problème : « le problème est le problème, ce n’est pas la personne (la personne n’est pas le problème).

Déconstruire les conclusions identitaires négatives

Importance des mots et métaphores définissant le problème et son influence sur la vie des gens.

Rendre tangible l’intangible grâce à la représentation (langage, dessin)

 

Méthodologie

– Négocier une définition du problème

– Cartographier les effets du problème

– Évaluer les effets du problème

– Justifier l’évaluation

 

Conversations pour redevenir auteur

Proposer d’élaborer une histoire alternative fournissant une base pour prendre de nouvelles initiatives.

C’est la structure de la narration qui fournit le principal cadre d’intelligibilité des actes de création de sens dans nos vies.

Suggestion : Pour enrichir l’histoire personnelle, attirer l’attention vers les blancs de l’intrigue en exerçant l’imagination.

 

Conversation de re-groupement

Club de vie : personnages signifiants (réels ou non) du passé/présent/futur qui comptent pour la personne.

Les conversations permettent de remanier la liste des membres : honorer certains, en révoquer d’autres.

 

Cérémonies définitionnelles

Récit de vie devant un auditoire choisi.

 

Conversations en échafaudage

Construire l’échafaudage pour progresser par étapes, quitter la zone de ce quoi est connu pour celle de ce qui est possible.

Développer les initiatives personnelles, les actions responsables

Suggestion

Demander régulièrement des feedbacks sur ce qui marche ou pas en fin de conversation.

 

Les moyens narratifs au service de la thérapie – Michael White/David Epson

 1 – Le langage nous soumet tous aux «  contrôles sociaux »

« L’histoire particulière qui domine nos vies détermine en grande partie la nature de notre expérience de vie et l’enchaînement de nos actions ».

L’écriture facilite la traduction de l’expérience de vie et l’inscrit dans une dimension temporelle.

Avec l’écriture, nous sommes à la fois acteur et public de notre propre représentation.

 

 Qu’est-ce que l’approche narrative ? Alice Morgan

 Introduction

« Une nouvelle façon éthique et politique d’aborder la relation d’aide basée sur le respect et le non jugement défendant l’idée que les gens sont experts de leur propre vie ».

« Chacun possède les talents, les compétences, les valeurs pour réduire l’influence des problèmes sur nos vies ».

Deux principes (pour le praticien) :

– Curiosité à toute épreuve

– Poser des questions dont on ne connaît pas les réponses.

« La bonne route n’existe pas ; il y a seulement des tas de direction possibles ».

 

Vivre et interpréter la vie à travers des histoires

Une histoire : un fil qui tisse les évènements entre eux pour former un récit.

« Les significations que je donne aux évènements (l’écoute passive que j’ai de l’histoire dominante) fondent et façonnent ma vie future ».

Mes interprétations sont influencées par les récits culturels de nos sociétés.

Les histoires dans le contexte thérapeutique

– Donner de la visibilité aux moments où la personne a échappé aux effets du problème (moments d’exception absents de l’histoire dominante)

– Nécessité d’explorer les histoires alternatives pour ouvrir un espace de changement. Besoin que ces histoires alternatives soient produites par les personnes elle-même (principe des conversations collaboratives).

 

Les conversations externalisantes : donner un nom au problème

Les conversations externalisantes permettent de modifier l’histoire dominante saturée par le problème. Cela permet de déplacer le problème de l’intérieur vers l’extérieur de la personne.

Au lieu de : « je suis dépressif, je n’ai aucune envie », « la dépression vous empêche d’avoir envie ».

Suggestion : imaginer le problème comme une personne assise quelque part dans la pièce. Donner un nom au problème (ou le faire dessiner pour les enfants).

 

Méthodologie

– Donner une identité au problème (à la manière de la construction d’un personnage) : intentions, ruses, croyances, objectifs, etc…

– Étudier la relation actuelle entre la personne et le problème.

– Inviter à décrire ensuite la relation souhaitée (renégociation de la relation)

– Retracer les archives de l’histoire du problème pour évaluer le degré d’influence du problème sur la vie de la personne (qui, quoi, où, comment).

Suggestion : restituer le problème dans le temps pour montrer que son influence fluctue (système de notation de 0 à 10) à différentes périodes de la vie.

– Déterminer les moments de vie (moments d’exception) où la personne résiste au problème. S’appuyer sur ces ressources pour faire émerger des histoires alternatives.

– Explorer les effets du problème ; lister et faire évaluer

 

Contextualiser et déconstruire les problèmes 

– Travailler à identifier et déconstruire les croyances, théories et pratiques culturelles du contexte de la personne (idées reçues, vérités toutes faites, lieux communs…).

– Montrer comment les idées « normatives » peuvent avoir une influence et générer de la tension (culpabilité).

– Chercher d’où viennent nos représentations.

– Défier les a-priori.

– Prendre du recul, changer de point de vue.

 

Les moments d’exception

– Être à l’écoute des moments où le problème n’est pas aussi influent

Les « pépites » : expériences de vie contrastant avec l’histoire dominante qui peuvent se situer dans le passé/présent/futur. Elles sont la porte d’entrée des histoires alternatives.

Suggestions 

– S’assurer que la personne considère ce moment comme significatif. Ne pas valoriser le positif de manière volontariste.

– Guetter le langage corporel pendant la séance pour repérer l’évocation de moments d’exception.

 

Retracer le sens de ces moments d’exception et donner un nom à l’histoire alternative.

Objectifs : les enraciner solidement, les relier, élaborer un thème narratif, co-écrire une nouvelle histoire.

 Faire préciser le « paysage de l’action » (l’environnement ayant permis l’exception)… où, quand, comment…?

Réfléchir ensemble au sens qu’on peut donner… La personne choisit un nom pour baptiser l’histoire alternative émergente. Cela définit un cadre/thème pour les conversations futures.

 

Les lettres narratives

Lettres récapitulatives : résumé des conversations ayant eu lieu.

Reprendre le ton et les expressions de la personne.

Y inclure des questions pouvant être reprises lors des prochaines séances.

Paysages intérieurs (projet web)

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Vivre est un art. L’art est leur vie.

C’est au loin, dans nos arrière-plans éclatants, qu’ont lieu nos épanouissements (…) C’est là que se situent les histoires dont nous sommes les titres obscurs (…) C’est là que nous sommes, alors qu’au premier plan nous allons et venons. »

(Rainer Maria Rilke – Notes sur la mélodie des choses)

 

Comment la vie devient œuvre ? Comment l’art sublime-t-il la vie ? De quoi est peuplé l’imaginaire des artistes ? Qu’est-ce qui les construit et les fait agir ? De quelles forces sont-ils traversés ? Qu’ont-ils à (nous) dire ?

Regarder pour voir, découvrir pour ressentir, écouter pour entendre… Renouvelant l’art du portrait et empruntant des voies narratives inédites, ce programme multimédia de création propose aux internautes de participer à une expérience sensorielle et émotionnelle, unique et singulière : une invitation à un voyage poétique et immersif à la rencontre d’artistes extraordinaires, dans un format court et modulaire (7 à 8mn par artiste) mêlant vidéo et illustration animée.

 

Déambulant librement dans leurs « paysages intérieurs », chacun se forgera – au contact des artistes – ses propres réponses.

Tout comme un individu ne se résume pas à son métier, un artiste ne se résume pas à son œuvre. Le propos ici n’est pas de comprendre et d’analyser leur production artistique mais bien plutôt de s’intéresser à leur « être ». Le questionnement empruntera donc d’autres voies que celles du dispositif « classique » de l’interview. Il s’appuiera notamment sur des indices biographiques signifiants issus du travail documentaire préalable et des rencontres préparatoires avec les artistes.

Hélène Grimaud, Gérard Garouste, Sophie Calle, Thierry Marx… De leur vie, ils ont fait une création. De leurs créations, une vie.

Allant au bout d’eux-mêmes, cherchant parfois l’au-delà des limites… Certains d’entre eux (Gérard Garouste) mettent leur vie en jeu, d’autres leur vie en scène (S. Calle). Chacun dans leur domaine, ces artistes accomplis poursuivent leurs trajectoires exigeantes. Preuves de leur « humanité » et de leur volonté de partage, ils accordent des interviews et écrivent des livres. Certains ont même crée des fondations (G. Garouste, H. Grimaud) ou des écoles de formation (T. Marx).

Reconnaissance artistique, recherche continue de l’excellence, sincérité de leur démarche, volonté de partage et de transmission…

En arrière-plan de leurs points communs apparents, se dessine une « toile de fond » impalpable qui les relie tous. C’est cette dimension « spirituelle et métaphysique » que nous allons essayer de représenter.

Un parcours en musique, en sons et en images, pour comprendre et ressentir ce qui les anime et les fait vivre.